Une maison mobile pour des mots de moi, de vous, qui ferez trois p'tits tours et vous en irez, après avoir mis trois p'tits mots si vous en avez envie
Quand j’étais petite, j’écrivais tout le temps, et souvent, c’étaient des lettres à une amie imaginaire – elle vivait en Amérique.
Je crois qu’écrire c’est rejouer toujours cette invention enfantine du jumeau rêvé, du correspondant idéal – que dans toute situation d’écriture il y a ce destinataire parfait, celui qui lira, d’abord, celui qui comprendra, ensuite, au sens d’entendre et d’englober, celui qui englobera la parole dans sa pensée comme il s’englobe lui-même dans l’arrière-plan de l’écrit. Je pense, oui, qu’on écrit – même dans son coin, même sur un siège de bus ou une table de bistrot, un gribouillis indéchiffrable et solitaire – pour – para
L’espagnol distingue de façon juste pour, para et pour, por : por contient une notion d’origine ou une cause, para est plutôt tourné vers une destination, un aboutissement,
On écrit donc dans une quête, pour une communion, à la recherche d’un lien – un lien de mots dans toute la déception qui peut s’y jouer, dans tous les malentendus qui peuvent exploser à force qu’on passe et repasse sur ce terrain miné.
Une recherche donc, qui porte en elle son propre risque. Pour écrire – pour arriver à écrire – il faut donc être joueur, être prêt à perdre plutôt que jouer pour gagner. Et ce n’est qu’alors qu’on n’a plus rien à perdre et tout à gagner.
Bien sûr il y a un por aussi – je crois bien que oui, c’est une certaine solitude – au milieu du monde, de la pensée – qui cherche à se combler par une plume bavarde. Comme le chante si bien Zazie dont « Sur toi » me vient en tête, qui est une très belle chanson (ce thème de l’écriture d’ailleurs s’il est très fouillé à l’écrit ne court pas les chansons, alors même qu’elles sont écrites. Parce qu’elles sont écoutées mais pas lues ?)
Mais il y a surtout un para.
Para veut dire, aussi, « arrête ».
OK, j’arrête…
Oh, la pirouette...
PS : ça pourrait continuer longtemps. Parce qu’il faut aussi savoir arrêter – arrêter l’écrit qui peut s’écrire, se réécrire, s’effacer, se raccourcir, se rallonger – il faut mettre un point final et cliquer sur « envoi », à un moment ou à un autre, ou envoyer son BAT – bon à tirer, bon à lire, bon à brûler, bon à rien, bon à caler une table bancale… ça fait partie du jeu. Mais c'est un autre sujet.