Le chien aboie et le mobilhome ne passe pas. Le temps non plus. Les nuages, oui, qui ont caché les rayons du soleil, et ont tout grisé alentour. Pour remettre un peu de chaleur, de couleur, je lance le Don Gionvanni de Mozart. Je sais que je peux compter là-dessus, pour ne plus avoir à compter les minutes. Losey situe l'ouverture dans une forge, et le feu, le métal en fusion, annoncent l'enfer qui attend le séducteur sans scrupules. C'est grandiose.
Il y a la vaisselle à faire, le linge à ranger, à laver, à repasser, à ranger. La voiture à aspirer, des courriers à rédiger, mais l'administration comme la poussière attendront. Pourquoi n'attendraient-elles pas, elles aussi ?
Ainsi nous attendons. Nous attendons le déclic, le désir, l'inspiration, un coup de téléphone, un coup d'envoi, un mail, le retour du soleil, que sais-je.
Le vide, paraît-il, c'est des possibles. C'est un espace à aménager, à habiter, à vivre. J'aime le croire, et donc j'attends, les meubles, le papier peint, les idées. Les portes ne sont pas fermées, qui voudra entrera et peuplera cette maison toujours à rénover. En attendant, comme dans le film de Jarmush, c'est le café et les cigarettes qui sont les héros de l'histoire.
Parfois les jours ressemblent à un film de Jarmush. Avec des plans-séquences qui se prolongent, se prolongent.
Avec des dialogues réduits au mimimum. Avec des façades qui défilent, qui défilent. Il faut apprendre à apprivoiser la lenteur, le rien, et puis apprendre à aimer ces morceaux de ville underground, le côté gris, celui que les touristes ne voient jamais, à Paris, à New York, à Séville, à la Nouvelle Orléans, celui où tous les graffitis se ressemblent, où tous les trottoirs explosés, les poubelles éventrées, les murs maculés et pisseux, donnent à voir la même urbanité désolée et figée.
Et c'est la musique qui rend sa beauté au monde.