Une maison mobile pour des mots de moi, de vous, qui ferez trois p'tits tours et vous en irez, après avoir mis trois p'tits mots si vous en avez envie
Fatima m'a aidée à grandir. Et elle avait cette expression, surtout pour parler de ma chambre qui était rarement bien rangée : Ejjoutia dSidi Azzouz - en appuyant bien les consonnes accentuées, obéissant à l'accent de sa région, l'ouest du Maroc, près de la frontière algérienne, et suivant le degré d'énervement avec lequel elle avait recours à cette métaphore.
Littéralement, on traduit par : "le bazar de Monsieur Azzouz", le bazar ayant en arabe ce double sens qu'on lui connaît en français, de lieu de vente de choses diverses et variées - et de désordre.
Il y a donc quelque part dans mon imaginaire de petite fille, cette institution connue de tous, qu'a tenue un certain vieil homme respecté prénommé Azzouz, et que j'avais le pouvoir de faire apparaître ou disparaître en fonction de ma bonne disposition au rangement.
Peut-être que je ne voulais pas menacer l'existence de cette épicerie-brocante au nom si chantant, qui avait l'air si populaire ? Peut-être que je me sentais investie de la responsabilité de la bonne marche des affaires de ce brave vieux commerçant ? Peut-être que c'était précisément pour sauver Sidi Azzouz et sa boutique que j'entretenais consciencieusement le bazar dans mes affaires ???
C'est sûrement cela... Et c'est sûrement pourquoi aussi mon neveu aujourd'hui ne range pas souvent sa chambre - sa mère - ma soeur - ayant fait sienne cette exclamation si harmonieuse et drôle, défoulatoire à prononcer, quand on appuie bien les consonnes accentuées, en suivant le degré d'énervement avec lequel on a recours à cette métaphore...