Une maison mobile pour des mots de moi, de vous, qui ferez trois p'tits tours et vous en irez, après avoir mis trois p'tits mots si vous en avez envie
J'aime les arbres morts, desséchés, autour desquels pousse un parasite feuillu. J'aime les volets qui s'écaillent, la peinture délavée, à moitié arrachée. J'aime les maisons dont il ne reste que la vieille pierre, tenant debout comme par nostalgie, à travers laquelle on voit le vide, les mauvaises herbes et des ombres d'une vie lointaine, le soleil en pointillés. J'aime les barques qui ne brillent plus, au corps mort, sur le sable, encombrées d'algues coagulées et salées. J'aime les visages ridés, les peaux usées par le soleil et les sourires qu'on devine aux ridules sur le bord des yeux, les yeux plissés, les mentons secs. J'aime les façades sales, poncées par les années, les peintures désassemblées, patchworks de cache-misère, de rafistolages alternés. J'aime aussi les villages chargés de temps, de temps anciens et de ce temps épais qui ne passe pas, où une vieille fontaine égrène des heures fantaisistes dans un sillon de rouille. La poussière n'y a plus d'âge, la fonte, le fer-blanc, le cuivre cimentent le souvenir, le linge sèche, comme oublié, aux fenêtres, même les chatons paraissent centenaires. Ce qui n'est pas jetable - ce qu'on n'efface pas - ce qui tient debout, malgré tout, qui demeure et résiste, témoigne à qui veut l'entendre, par son bavardage inaudible, de ce qu'il a couvert, transporté, ombragé, accueilli, souri, vu, entendu, surpris... Il faudrait apprendre la langue des vieilles pierres et de ces bateaux orphelins.