Une maison mobile pour des mots de moi, de vous, qui ferez trois p'tits tours et vous en irez, après avoir mis trois p'tits mots si vous en avez envie
Est-ce que la vie faisait mal à ce bébé dont tu parles qui pleure et gesticule ?
J'ai toujours tendance à me représenter la vie comme une dégradation.
Quitter le Sud.
Quitter l'enfance.
Monter vers le vocabulaire, vers l'adversité, vers le froid, vers la vie adulte, monter sur cette échelle vertigineuse, surpeuplée, tenter de se trouver une place, glisser ses doigts là où les autres ont déjà mis leurs pieds, sur des barreaux bancals, métalliques, qui rouillent les mains et laissent une odeur bizarre, abîment la peau, lutter contre le vertige, mais monter quand même car le temps nous propulse.
Avoir envie d'arrêter de monter. De ne pas monter. De redescendre même.
Et moi quand je vois un bébé, un enfant, j'envie son horizontalité. Sa passivité. Sa puissante passivité, ses cris qui s'imposent et qui en imposent aux autres. Ses besoins primaires, satisfaits. Oui, peut-être, il rêve, il souffre, mais je ne peux le penser que heureux. Ou bien : en dehors de l'idée même de bonheur ou de malheur. Enfant. Entouré d'une odeur d'océan, d'une brume tiède. Dans une odeur de figuiers et de terre séchée. Entouré d'un père et d'une mère, de grands frères et grandes soeurs. Indifférent au brouhaha de l'inutile, du futile auquel nous, nous, "grandes personnes", sommes asservies. Baignant dans cette atmosphère qui plus tard, bien plus tard, l'obsèdera, reviendra insidieusement quand il goûtera telle ou telle chose, quand il entendra tel ou tel son, quand il verra un soleil bleu percer entre les nuages... Baignant dans le paradis qu'il n'a pas encore perdu.
Tiens, je me rends compte que sans le vouloir, dans ce texte écrit d'un trait il y a les mots "paradis" et "bancal'. Est-ce qu'on se retrouverait ?