Une maison mobile pour des mots de moi, de vous, qui ferez trois p'tits tours et vous en irez, après avoir mis trois p'tits mots si vous en avez envie
Un chewing-gum étiré, écartelé, et qui ne casse pas, et qui s'allonge et s'allonge encore comme le nez de Pinocchio, comme un mensonge qui pousse et pourrit, le nerf qui ne va pas craquer mais sert de balançoire au chat qui se balade dessus, qui le déchire, avec son dos qui se hérisse, ses membres qui se contractent comme ses pupilles, qui lancent des coups de griffes
l'amour c'est difficile et comment alors s'aimer soi-même, déjà la mer à boire cul sec, à boire avec la tête à l'envers, le clapet fermé et même plus soif
même plus faim même plus envie de rien, juste fumer des cigarettes, inspirer expirer et rejeter, rejeter mais toujours une fenêtre, toujours un espoir ridicule auquel on ne peut ne pas croire, un projecteur au loin dans la forêt noire du fantasme, qui fait cligner des yeux qui éblouit et ça fait mal mais elle attire quand même
laissez-moi rêver laissez-moi m'interdire de rêver, censurer les pensées comme les souvenirs, sombrer dans le sommeil hoquetant qui s'autorisera toutes les belles images, les beaux ralentis que la vie ne connaît pas - ce sommeil où seul mon désir et ma peur régiront les dialogues, les plans et les séquences. Pas l'autre, pas les jours réels dans leur langueur insupportable où il ne se passe rien, que les nerfs qui s'étirent et s'étirent et s'étirent à l'infini, pas lui que je ne comprends pas, qui ne me comprend pas, dont je voudrais bien botter le cul avec la pointe de mes grolles, les plus longues les plus noires et les plus hautes bien d'un coup, bam, prends ça et comprends-moi, c'est maintenant, c'est jamais, le temps est le même pour tous, bordel, mais apparemment l'horloge dans ton ventre ne tourne pas dans le sens des aiguilles, dans l'autre, ou à trois temps, ou elle est en chewing-gum
ta valse à deux balles, tu la joueras tout seul mais merde, non, tu as quoi dans ton ventre à part cette pendule du jamais, du plus tard, d'un temps parallèle où je ne me trouve pas et ce n'est pas faute de chercher
la tête en bas et l'eau qui coule, qui coule, et moi je coule dans ton regard je me liquéfie, je disparais, il ne reste que l'eau et les songes, l'eau et les nerfs...