Une maison mobile pour des mots de moi, de vous, qui ferez trois p'tits tours et vous en irez, après avoir mis trois p'tits mots si vous en avez envie
Dans une rame vide, la caméra est fixe, centrée sur l'allée au milieu des sièges, et le paysage défile, sur les bords, comme suggéré. On entend ces bruits familiers, puis on ne les entend plus. Un virage. La symétrie parfaite est rompue, puis elle se rétablit. Il ne se passe pas grand-chose, dans ce film, pas d'action, pas d'acteur, à peine une silhouette peut-être, rien d'extraordinaire, si ce n'est ceci : on est captivé. La dynamique fixe nous subjugue. On "bloque".
On est là sur le site d'un artiste, Denis Cointe, qui a mis en ligne d'autres oeuvres : vidéo, photo, performances et musique. Il y a de l'idée, c'est sûr, une patte. Il y a ce corps, muet, chuchotant, de dos, criant, là où ne l'attend pas, dans un décalage, créant une situation de travers, crevant le regard, transparent, opaque, immobile, déambulant au milieu d'un vernissage, posé là dans le dos de conférenciers. Il y a ces phrases, ce saxophone, ce charabia, ce "bas-rock", cette petite fille en robe rose et puis le silence, souvent...
Il y a un mouvement qui n'en est pas. On tourne en rond. La caméra est le protagoniste, le regard est le sujet, on est au sol, on tente de se relever, on n'y parvient pas, ça tourne, ça tourne, et on revient à terre. Beaucoup de vidéos sont des boucles. Le temps s'étire en spirale.
"Sous le regard" l'oeuvre semble casser quelque chose, casser le sens, casser cette attente même qu'elle crée. Et elle interroge.
Lien vers le site de Denis Cointe
Il présente un spectacle dans le cadre de l'Escale du livre à Bordeaux, samedi 10 avril à 18h30, autour du roman de Jean-Yves Cendrey, Honecker 21, avec vidéo et musique.