Une maison mobile pour des mots de moi, de vous, qui ferez trois p'tits tours et vous en irez, après avoir mis trois p'tits mots si vous en avez envie
Après avoir tout oublié des Pensées de Pascal, il me reste ceci, tout de même : "Le moi est haïssable".
Une phrase qui résiste dans un coin de ma tête, depuis une douzaine d'années.
Cette phrase qui m'a servi de censeur - ou de prétexte ? pendant des années d'écriture solitaire.
Si le moi est haïssable et que je ne sais écrire qu'avec moi, alors écrire, pour moi - et pour tous ceux qui écrivent à la première personne, et pour tous ceux dont le moi ne sait que transpirer indiscrètement et impudiquement de tous leurs écrits - est haïssable.
Dont acte.
Et puis j'ai changé. Je me dis qu'à parier ainsi, contre "moi", je ne gagnerais pas. Que j'y perdrais, même. Qu'une telle attitude était contraire à ma position dans la nuance, toujours. Que c'était même dangereux, car de l'écriture, à tout le reste, il y a peu de chemin et que je risquais de m'enfermer dans un silence - voire une auto-détestation - handicapants et ravageurs.
Donc je me dis merde, je raconte ma vie, ou d'autres vies, ou n'importe quoi d'autre, avec un moi au trot, au galop, pour conduire la voiture, et que Pascal me le pardonnera, et que s'il ne me pardonne pas, j'aurai, au moins, tenté quelque chose, pris la route.