Une maison mobile pour des mots de moi, de vous, qui ferez trois p'tits tours et vous en irez, après avoir mis trois p'tits mots si vous en avez envie
Inutile de chercher un joli sens caché lacanien, tentation à laquelle je suis obligée de renoncer - l"émoi sans hère, les "moi" s'enherrent, les moissans errent, non, vraiment, ça donne rien, dommage.
Les mois sans "r" c'est juste le négatif des mois en "r" comme septembre, octobre, novembre.... jusqu'à mars, avril. Ce sont les autres, fin du printemps et été, ceux où les huîtres sont laiteuses.
Faut bien qu'elles se reproduisent, pauv'bêtes, d'ailleurs si on veut en avoir l'année prochaine...
Enfin bon, c'est quand même meilleur, quand elles sont claires, fines, transparentes et légères dans leur lit de nacre.
C'est quand même bien moins appétissant quand elles sont toutes gonflées d'un lait rosé qui éclate dans la bouche, s'épate sur le palais et s'agglutine sur la langue.
Mais c'est bon quand même, parce qu'on ne les déguste pas de la même manière. Parce que les huîtres, les mois sans "r", c'est aussi les mois où on est pieds nus dans les tongs, où on cherche l'ombre sur l'asphalte du marché de Montalivet, où il faut vite vite boire le petit verre de vin blanc qui les accompagne, avant qu'il ne soit trop chaud, où les pores se resserrent et brunissent sous les rayons du soleil, où la tête cogne et réclame une sieste, une sieste...
Donc on ne va pas se plaindre, on va oublier le lait, essayer - même si on sait que c'est peu efficace - d'écarter le blanc avec le couteau, fermer les yeux et garder le sel, l'eau de mer, l'odeur d'iode et le goût du bonheur, garder ce qui en vaut la peine, car "r" ou pas "r", c'est quand même bon, les huîtres, quoi.