Une maison mobile pour des mots de moi, de vous, qui ferez trois p'tits tours et vous en irez, après avoir mis trois p'tits mots si vous en avez envie
Voilà un petit ovni de la littérature contemporaine. Etonnant, vraiment. Je dois dire que ce qui m'a tenue accrochée à ce bouquin, c'est son côté énigmatique, bien annoncé par le titre et le 4e de couverture, car on cherche, on cherche, avec le narrateur, où est le mystère - ou la métaphore - ou la métonymie, pendant une bonne partie de l'histoire.
Et puis on comprend que le déplacement est à chercher plus haut encore. C'est presque une fable - politique, sociale, car comme dit Martin Page lui-même citant Orwell, "il n'y a pas d'art qui ne soit politique et l'évitement de la politique, c'est de la politique".
Mais déjà au premier degré, les chapitres, courts, s'enchaînent comme autant d'écrins cachant de petits bijoux - le style est délicieux, toujours surprenant.
"Je me suis éloigné des radiateurs extérieurs. (...) En quelques secondes, j'ai grelotté.
Le froid est un endroit familier sur lequel je peux compter. Il est délimité dans l'espace. Je l'ai décidé un jour, c'est une petite pièce : il mesure un mètre soixante sur un mètre soixante-dix et deux mètres de hauteur. Je peux m'y réfugier.
J'ai tenu une demi-heure, puis je suis monté prendre une veste dans ma chambre."