Une maison mobile pour des mots de moi, de vous, qui ferez trois p'tits tours et vous en irez, après avoir mis trois p'tits mots si vous en avez envie
La consigne de Tricôtine : Vous êtes une oeuvre en cours d'écriture. Racontez vos états d'âmes avant que ne soit écrit le mot "FIN".
La page un jour fut-elle blanche ? ou n'ai-je toujours déjà été ratures, tentatives, hardiesses et remords.
Mots griffonnés, croquis esquissés, superposés, copiés-collés. Feuilles froissées, déchirées, jetées avec rage ou tristesse, avec cet écrasant sentiment d'être toujours toujours ratée. Avec cette permanente volupté d'être toujours toujours en apprentissage. D'en avoir tant à lire avant d'écrire. Cette fascinante sensation d'être écrasée et qu'en même temps tout est possible, qu'il y a encore du blanc, après, qu'il faudra recouvrir, d'une écriture de mouche, de grosses pattes grasses, bâtons ou empâtements, romain ou italiques, à l'encre noire, ou de chine, ou turquoise, transparente, éphémère ou indélébile. Avec du sang, avec des larmes, avec un baton de rouge, avec un pinceau de vernis, minuscule et chatoyant, précieux et chaud à l'oeil. Avec une craie, frissonnante, avec un fusain, glissant huileux, avec une croche, déchirant le papier, avec un doigt de gendarme sur le clavier, ou à quatre mains.
S'écrire, se dire, avec quelques lecteurs, du brouillon, brouillon perpétuel, jusqu'au jour où tombera le tampon, d'un coup sec et administratif, le mot "fin". Où en serai-je alors de mon balbutiement ? de ma recherche d'un temps qui se perd ?