Une maison mobile pour des mots de moi, de vous, qui ferez trois p'tits tours et vous en irez, après avoir mis trois p'tits mots si vous en avez envie
Il y a le mythe du voyageur, du bourlingueur, du routard sac au dos, à vélo, en train, mobylette ou en stop qui va de pays en pays, salue les peuples et les aéroports, ne s'arrête que pour mieux repartir.
Et il y a l'autre, celui qui a trop de bagages, ralenti dans son périple, alourdi de nostalgie, de langueur ou de ses souvenirs.
Celui-ci avance et regarde en arrière. Ce n'est pas faute de mettre un pied devant l'autre ou de lever le pouce. Il est empêché par le poids de ce qu'il trimballe. Il voudrait justement oublier, ouvrir les yeux aux routes déroulées sous ses pas. Mais ses épaules sont rentrées, et le brouhaha de ses voix intérieures couvre les sons nouveaux des rues, des pays neufs. Il ne se repose pas quand il dort : il refait le voyage dans l'autre sens. Il va loin, très loin derrière lui, et au petit matin ne peut que sombrer dans la fatigue. Ses malles pèsent, démesurées. Il n'a pas pu les perdre, il aurait voulu qu'on lui vole, mais elles lui sont accrochées comme une continuité de son corps.
Une langue entendue lui en rappelle une autre.
Un soleil qui se couche lui arrache une larme.
Un visage inconnu porte ceux qu'il a quittés.
Les traits, comme une matrice.
Le temps, comme une machine déglinguée, branchée à l'envers.
Les avenirs comme un passé éternel.
Toujours perdu, et qui résonne, fantôme en colère.