Je viens de lire "Chroniques des jours entiers, des nuits entières", de Xavier Durringer (éditions Théâtrales). J'en avais auparavant choisi un texte, pour le théâtre, pour le spectacle de fin d'année, juste par hasard, c'était mon tour de lire, je l'ai lu à voix haute, et j'ai choisi celui-là. Après, j'ai trouvé le livre, dans une librairie théâtrale du vieux Lille, à la façade moutarde recouverte de lignes, de mots, de phrases, comme une invite à entrer dans un livre, chouette, vraiment, et des costumes de scène accrochés aux bibliothèques, et des cartes postales, des affiches... Jeune metteur en scène, apparemment réputé (je ne connais quasiment rien du théâtre contemporain, mais ça va changer), il est aussi dramaturge, et ce livre est une somme de "dix ans de tiroirs". Des textes courts, monologues ou dialogues, dont certains sont remarquables.Il y a là-dedansune poésie du désir, de la déception, quelque chose comme une pauvreté, moins le manque que le manqué, le loupé, et puis c'est comme ça, on fait avec ce qu'on a, et parfois on enrage, et tout passe et passe seulement dans, par et à travers les mots - des mots de tous les jours, d'aujourd'hui, des mots dont on n'a pas peur, au contraire, on leur fait confiance, on ose les crier, dans la solitude qu'ils sont seuls à même de partager.
Un extrait :
GASPARD. - Bon, bon... Mais qu'est-ce que vous faites, là, la nuit, ici. SLYVIE. - J'attends. GASPARD. - Qu'est-ce que vous attendez ? SLYVIE. - Que quelque chose se passe, un truc énorme, un tremblement de terre, que les gens dansent les claquettes... Vous voyez le truc ? GASPARD. - Non... Pas vraiment... SLYVIE. - C'est pas grave, c'était une image, quoi, les claquettes... Moi quand j'étais petite je voulais être danseuse ou chanteuse ou danseuse, un truc comme ça, mais mon corps s'est pas bien développé pour la danse, il fallait que je parte en longueur et j'ai fait tout le contraire, je suis partie dans les grandes largeurs... Oh j'aurais voulu dire au monde entier ce que j'avais là dans le ventre...