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12 mars 2010 5 12 /03 /mars /2010 15:56
 
  • La Garonne est sauvage, elle résiste. Elle prend parfois des allures de chocolat au lait, mais elle se refuse simplement à refléter le bleu du ciel. Elle se veut authentique et aime à revendiquer sa couleur d’origine, le marron de la vase qui la constitue. Certains jours elle se fait plus docile et, pour faire plaisir aux fiers bordelais et aux touristes dont certains arrivent d’ailleurs sur un immeuble flottant de dix étages, par la Garonne, … alors elle obtempère et devient bleue. Elle réserve des surprises à l’observateur fidèle. A la condition de la longer tous les jours de l’année, on peut, un beau matin, être amené à vouloir s’approcher plus pour savoir ce que sont ces impressionnantes plaques au relief inégal d’un vert vif flottant à la surface du fleuve : les lentilles d’eau. J’ai eu ce privilège, à l’époque où je longeais le « Port de la lune » à vélo matin et soir.
  • La Dordogne est un terrain de jeu. Son eau est claire et laisse voir les petits galets sur le sable. On s’y baigne, on y fait du canoë-kayac, on s’y promène en famille, pique-nique à bord, on trouvera une minuscule plage pour l’heure du déjeuner. Et tout autour, la nature est radieuse.
  •  On n’échappe pas au poncif : la Seine est romantique. Sa taille est humaine, sa couleur sombre se prête aux pensées ou aux sentiments profonds. Même les mouettes sont au rendez-vous, une espèce à part ? la mouette parisienne ? domestiquée et grasse comme les pigeons du Luxembourg ? Pas étonnant qu’on y entende toutes les langues, qu’y crépitent tous les modèles de déclencheurs photo. Tout y est, jusqu’aux îles qui, pour être miniatures, n’en sont pas moins peuplées et… pittoresques. Je ne peux m’empêcher d’imaginer l’appartement d’Aurélien, en levant les yeux sur l’angle aigu des façades de l’île Saint-Louis, dans ce roman d’Aragon – à mon sens, le plus beau des romans d’amour.
  • L’Estuaire de la Gironde est mystérieux. Plus grand delta d’Europe, je crois, il regorge de lieux secrets : cavités, îles désertées, épaves, carrelets. Je trouve que le temps gris lui va bien. Personne n’y va jamais, dirait-on. Pourtant, il y en a des choses à rêver, des mélancolies à noyer, des promenades d’hiver, des vaguelettes à écouter. Leur chant est étrange, marron, staccato – le courant n’y est pas une blague.Deux fois par an, mais surtout en septembre, c’est le Mascaret : l’événement qui importe les surfeurs de tout le pays. Qu’est-ce donc ? une vague, dit-on, qui vient de la mer et remonte la Garonne et la Dordogne jusqu’au-dessus de Bordeaux. Il faut le voir pour bien saisir ce phénomène. Il y a d’abord les brouillons, puis la vague, celles qu’ils attendent tous, en amont de Saint-Pardon – un nom délicieux, non ? – que certains auront la chance ou le talent de tenir, debout sur leur planche, jusqu’à ce qu’elle s’éteigne quelque trois cent mètres plus loin. Et puis les dernières répliques, pour consoler ceux qui seront tombés trop tôt.
  •  Le Bouregreg est sympathique. Dans un pays où des plaques indiquent des « oueds » tous les deux kilomètres, pour déboucher sur un mini-pont au-dessus d’un petit lit de roches et de terre qui n’ont pas vu d’eau depuis des décennies, il lutte et serpente, toujours bleu, vaillant, délimitant les villes de Rabat et Salé. Deux ports de plaisance y ont même été récemment construits, mais le plus beau a toujours été – et sera toujours – ces petites barques au corps mort sur lesquelles on grimpe pour faire la traversée, moyennant quelques dirhams. J’ai une photo de mes deux sœurs debout sur une de ces embarcations bon marché, elles doivent avoir 6 et 9 ans. Je n’étais pas née.
 
  • En quittant Marrakech par le Sud, sur le route d’Asni, on croise un fleuve – ou une rivière ? – qui est un jet de tourbillons rouge. Dans un périmètre qui correspond à peu près à la ville (Marrakech El Hamra, la rouge), la terre est rouge. On est tout de même surpris de voir débouler une eau de cette couleur ; comme surgie du sous-sol d’un atelier de poterie, qui descend en gros bouillons rageurs – rouges de colère ? ou de plaisir…

 

  • Le Guadalquivir est chargé d’une histoire lointaine. A Cordoue par un mimétisme sans doute ancestral il revêt la couleur de la pierre, ocre-gris délavé par le soleil. Je ne peux m’empêcher de lire dans ces eaux lisses mais néanmoins puissantes l’époque où cette cité vit s’épanouir l’alliance des trois religions, de la science et de la philosophie. Il faut traverser le vieux pont et monter dans cette grosse Torre de la Calahorra, devenue musée, écouter sentir et deviner cette harmonie qui a fait l’âme de l’Andalousie.

 

carrelet.jpg

Un carrelet sur la Gironde


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L'embouchure du Bouregreg : à gauche, Rabat, à droite, Salé

 

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Le Guadalquivir à Cordoue
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4 mars 2010 4 04 /03 /mars /2010 16:37
 
  • « I put a spell on you », par Muddy Waters, dans Stranger than Paradise de Jim Jarmush. La musique s’échappe d’un magnétoscope portatif, dans la rue.
  • « I put a spell on you », par Natasha Atlas, dans Intervention divine de Elia Suleiman. La voix s’élève comme un défi, de l’auto-radio d’Elia Suleiman, au feu rouge.
  • Sylvia Howard, « A crazy game » et « I wanna go somewhere », dans Ni pour ni contre, bien au contraire, de Klapisch. Lequel a toujours des BO remarquables.
  • Tous les morceaux de tous les films d’Emir Kusturica, d’abord avec Goran Bregovic, puis avec son propre groupe, The No Smoking Orchestra.
  • Tous les morceaux – ou presque ! – des films de Bollywood. Quelle pêche, quelle joie dans ces chants et ces danses…
  • « Barcelona », de ce groupe que je ne connais pas, dont la chanteuse est italienne : Giulia y los Tellarini, dans Vicky Cristina Barcelona de Woody Allen – un hymne à la beauté, de toute façon ! mais aussi cette scène où le guitariste dans le parc joue, la nuit, Albeniz, attention chair de poule !
  • Le Requiem de Mozart dans Théorème de Pasolini. Deux chefs-d’œuvre qui vont si bien ensemble…
  • La Symphonie n°5 de Mahler dans Mort à Venise de Visconti, même remarque…
  • Le thème principal de In The Mood For Love, de Wong Kar Waï, qui s’appelle « Angkor Wat », un air de violoncelle qui fait partie de ces airs dont on ne se lasse pas, je crois.
  • Et ce bijou beaucoup moins connu que Buena Vista Social Club , où film et BO ne font qu’un, puisque c’est un documentaire musical, réalisé par Fernando Trueba : Calle 54, sur le jazz latino, qui m’a fait découvrir notamment les brillantissimes Bebo et Chucho Valdés, le père et le fils.
  • La chanson « Coquillages et crustacés » dans le film Crustacés et coquillages, interprétée par le couple génial Valéria Bruni-Tedeschi / Gilbert Melki. Il pleut dans la maison de vacances, ils s’ennuient, alors ils font une chorégraphie et chantent, c’est tout aussi second degré et délicieux que l’ensemble du film.
  • La BO de La Marche de l’Empereur, par Emilie Simon. Qui en plus d’avoir une voix sublime, de ne faire que des belles chansons, d’être jolie comme un cœur, a fait des études de musicologie et a elle-même créé, fabriqué, ses sons, depuis Désert, son premier album où elle était toute jeune. Dire que pour la version américaine, la BO a été modifiée…
  • A suivre... il y en a d'autres !
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26 février 2010 5 26 /02 /février /2010 16:34
- Comme par hasard, quand il n’y a plus de lait, alors qu’on n’en boit jamais, on en a une furieuse envie. (ça vous le fait, à vous aussi ?)

- Comme par hasard, quand on allume une cigarette après avoir attendu dix bonnes minutes, le bus arrive.

- Comme par hasard, le pantalon qu’on a acheté samedi est en promo le lundi qui suit.

- Comme par hasard, le seul soir où on se dit qu’on tapera dans le paquet de clopes de son copain, il s’est dit la même chose.

- Comme par hasard, la seule fois en trois mois qu’on prend le tram, il tombe en panne.

- Comme par hasard, la seule fois que j’ai pris le tram à Paris, j’étais assise à côté de Johnny Depp.

- Comme par hasard, on prend son parapluie depuis dix jours que le temps menace, sans voir une goutte de pluie, et puis on l’oublie, et puis il pleut.

- J’ai le regard dans le vide depuis deux grosses minutes, le feu passe au vert, on démarre, et comme par hasard c’est là que je me rends compte que c’est à moi qu’on faisait coucou, dans la voiture sur laquelle était posé mon regard vide.
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24 février 2010 3 24 /02 /février /2010 16:08

Je me suis délectée il y a quelques mois à la lecture de l’Encyclopédie capricieuse du tout et du rien de Charles Dantzig. Il s’agit d’un « tour du monde et de la vie en 800 pages de listes ».


J’ai envie de mettre mes petits pieds dans les grandes chaussures de l’écrivain et de marcher dans ses pas. J’ai envie d’y jouer.


Liste non exhaustive des choses qui me hérissent le poil


- Les pubs à la radio, surtout celles qui reprennent des chansons trop connues, en changent les paroles et restent gravées dans la tête pendant un temps long, très long, après.

- Les vieux au volant, qui ne savent pas (plus ?) conduire, qui sont sourds et entêtés, et qui pensent que les jeunes ne savent pas conduire – « depuis quand vous avez votre permis ???? » - une mamie outrée m'a demandé ça, un jour, alors qu'elle déboitait sous mon nez sans clignotant.

- Attendre que l’eau des pâtes boue quand j’ai faim.

- Confondre toujours les mêmes mots, les mêmes personnes.

- La disparition systématique de mes briquets, qui ne sont jamais là quand j’en ai besoin.

- Qu’on puisse trouver belle, qu’on trouve belle Carla Bruni.

- Quand toute la tablée a passé sa commande au serveur, que celui-ci se tourne vers moi, et que dans la carte, deux plats depuis une demi-heure me tentent de façon strictement égale.
-
Ces gens qui font faire du vélo à leurs enfants dans la rue sans casque. Et cette envie qui me pousse alors de leur faire la morale (je ne l’ai jamais fait).

- Le mot « jubilatoire ».

- Ces gens qui ne se présentent pas en faisant la bise, même quand on le fait, nous.

- Les gouttes de pluie sur les lunettes.

- Un manuscrit truffé de « … » et de « ! »

- Un roman truffé de phrases nominales courtes. Qui ne font parfois qu’un mot.

- Une méduse dans la mer. C’est donc qu’il y en a.

- La lenteur du tramway bordelais.

- La lenteur du TGV. Ou plutôt celle du temps, quand on s’y trouve.

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