Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
26 octobre 2010 2 26 /10 /octobre /2010 18:30

tarquinia.jpg

 

"- Tu sais ce que je pense ?  dit-il. Que c'est les gens qui ont le plus peur de tout qui en même temps pourraient faire les choses les plus risquées. Peut-être même les choses que les autres n'oseraient pas faire. 

- Mais c'est la même chose que la peur, dit Sara.

- Peut-être. C'est la peur qui donne le courage de risquer. Tout peut-être, plutôt que d'être seul avec cette peur. "

 

Partager cet article
Repost0
11 octobre 2010 1 11 /10 /octobre /2010 08:00

 

LaVieDuneAutreDeghelt.gif

 

 

 

Ce roman de Frédérique Deghelt est simple, son style rapide, peut-être un peu trop pressé, à la manière de ces textes d'aujourd'hui qui semblent viser la rentabilité, l'efficacité. Si je ne suis pas familière de ce type d'écriture, je reconnais tout de même que cette efficacité est atteinte, que le suspense tient son lecteur, que dès les premières lignes je n'ai plus lâché l'ouvrage.

Car derrière ce procédé de mise en haleine, certaines perles se cachent à travers le cheminement de la narratrice qui du jour au lendemain, a perdu la mémoire des douze dernières années de sa vie. Et pas les moindres : celles du passage de la jeune femme célibataire, en quête d'un "vrai" travail, d'une "vraie" relation amoureuse, à la femme mariée et mère (de trois enfants, excusez du peu), installée dans une existence confortable de parisienne (grande)bourgeoise.

A contre-courant de l'aveu attendu de cette amnésie, elle entreprend dans la solitude de son décalage, de comprendre. Puis elle saisit justement qu'il vaut mieux commencer par s'installer dans sa nouvelle vie, épouser son rôle de mère, le passé qui fait son présent. Le roman est donc construit comme une quête (aux allures d'étrange) - une quête de soi. L'amnésie s'impose alors comme l'allégorie de l'introspection. En effet, quelle meilleure position, pour se (re)connaître, pour se (re)trouver, que celle de l'étranger à soi-même ? La technique voltairienne ou de Montesquieu, utilisée au siècle des Lumières, du regard de l'étranger, colle à merveille à l'introspection sur le mode psychanalytique quand elle est utilisée avec l'intelligence d'une Frédérique Deghelt. Il s'agit d'une enquête véritable, avec carnet, crayon, fouilles dans les photographies, les agendas, et ruses oratoires de façon à en révéler le minimum pour en apprendre le plus possible.

Enfin si certaines positions - par la rapidité avec laquelle elles sont traitées - n'installent pas véritablement dans l'émotion, il en est d'autres qui semblent plus profondes, plus vraies, notamment ces lignes sur la maternité. Du jour au lendemain l'héroïne se retrouve maman, elle ne connaît pas ces enfants tous conçus durant la période effacée de son souvenir. Pour les petits, en revanche, rien de nouveau, et ils donnent à voir à celle qui est restée au stade de sa solitude égotiste de 25 ans, ce que c'est que d'être mère.

Je n'ai pas encore terminé le roman, mais un mot aussi sur les lignes en rapport avec le théâtre, avec cette superposition habile des plans du réel, de la fiction, de la comédie. L'écriture y trouve sa place comme le jeu de l'acteur, autant de prétextes bien trouvés à quelques belles lignes de l'auteur.

Partager cet article
Repost0
9 août 2010 1 09 /08 /août /2010 22:51

9782070342082FS-copie-copie-1.jpg

 

Pauline, de George Sand.

Un peu classique dans sa forme ? peut-être. Mais profond et surprenant, au détour d'une description, surtout celles des sentiments.
Le titre est "Pauline", mais pourrait être "Pauline et Laurence", puisqu'il s'agit de l'histoire d'une amitié entre ces deux jeunes filles. Une amitié qui subira l'épreuve des années, de la distance géographique, du silence, de la différence des mondes, sociaux, moraux, ... mais qui ne tiendra pas le choc d'un malentendu.
Tout amitié serait faite pour être détruite. Comme un chateau de sable. Par une petite vague. Par quelques petits mots. Qui creuseront la matière et la dissolvent en quelques secondes. Tout est alors à reconstruire - mais ailleurs. Là où le sable est sec, à l'abri du ressac, et toujours avec la conscience que la marée montera toujours.

C'est la lune qui le veut.

Partager cet article
Repost0
5 mai 2010 3 05 /05 /mai /2010 13:10

llevi

 

Je suis tombée par hasard sur ce petit bouquin, je l'ai feuilleté, et j'ai bien ri, ainsi que ceux à qui je l'ai ensuite fait feuilleter.
Ce sont des lettres de rupture, certaines ne font que quelques mots, d'autres une ou deux petites pages. Elles sont classées par style. Ainsi, au gré des pages, on trouve la lettre de rupture "Canine", la "Concise", la "Perverse", la "Durassienne", l' "Opportuniste"...

Allez, une, par exemple :

 

Ambigu
Ma Belle Salope,
Devine qui te quitte ?
Pierre ou Patrick ?
P.


Les pastiches ne sont pas mal du tout.

En cherchant la couverture pour la mettre en ligne, j'ai découvert que le livre avait été adapté au théâtre et joué par deux comédiens, un homme et une femme, au Lucernaire. Tiens, justement, je venais de le prêter à ma metteuse en scène préférée !

 

Comment lui dire adieu, de Cécile Slanka, chez Liana Lévi.

Mis en scène par Marie-Julie de Coligny, avec Anne-Laure Pons et Olivier Broda

 

 

Partager cet article
Repost0
4 avril 2010 7 04 /04 /avril /2010 22:14

Le génie joue de personnages ordinaires, d'histoires et d'idées lues et revécues, toujours les mêmes, toujours les mêmes - pour faire Moderato Cantabile ou Le Mal entendu. Un amour impossible, le besoin d'être aimé, en mourir, pour de faux ou pour de vrai. Le tragique symbolique ou codifié.

Rien de nouveau, mais les notes de musique, la lenteur du bac sur les eaux mornes de l'estuaire, l'exécrable de ces pays où il y a trop de vent, ou pas de soleil, où les choses sont grises, où le printemps est pacotille, où ce n'est jamais l'été, où le désir assoiffe, rend fou, le crime à la clé, le plus codifié, ou symbolique - Je voudrais que vous soyez morte, dit Belmondo - C'est déjà fait, dit Jeanne Moreau. Et Martha aurait tué son frère même si elle avait su qu'il l'était. Les grilles entourant la maison défilent à toute vitesse et ressemblent au clavier d'un piano entêtant. Les lèvres boudeuses de Jeanne Moreau, les joues creusées de celui qu'elle désire, les chaises en bois du Café de la Gironde, les vélos des ouvriers à l'heure de la débauche, et le rêve obsédant, pour Anne Desbarèdes, pour Martha, d'une maison au bord de la mer, une maison au bord de la mer, une maison au bord de la mer...

Du soleil et de l'amour, chez Duras et chez Camus - tout comme dans n'importe quel feuilleton brésilien ou marseillais...

Rien d'exceptionnel...

rien de nouveau...

MAIS

mais les mots... la musique... 

Partager cet article
Repost0
26 mars 2010 5 26 /03 /mars /2010 10:21
durringer.jpg


Je viens de lire "Chroniques des jours entiers, des nuits entières", de Xavier Durringer (éditions Théâtrales).
J'en avais auparavant choisi un texte, pour le théâtre, pour le spectacle de fin d'année, juste par hasard, c'était mon tour de lire, je l'ai lu à voix haute, et j'ai choisi celui-là. Après, j'ai trouvé le livre, dans une librairie théâtrale du vieux Lille, à la façade moutarde recouverte de lignes, de mots, de phrases, comme une invite à entrer dans un livre, chouette, vraiment, et des costumes de scène accrochés aux bibliothèques, et des cartes postales, des affiches...
Jeune metteur en scène, apparemment réputé (je ne connais quasiment rien du théâtre contemporain, mais ça va changer), il est aussi dramaturge, et ce livre est une somme de "dix ans de tiroirs". Des textes courts, monologues ou dialogues, dont certains sont remarquables.
Il y a là-dedans une poésie du désir, de la déception, quelque chose comme une pauvreté, moins le manque que le manqué, le loupé, et puis c'est comme ça, on fait avec ce qu'on a, et parfois on enrage, et tout passe et passe seulement dans, par et à travers les mots - des mots de tous les jours, d'aujourd'hui, des mots dont on n'a pas peur, au contraire, on leur fait confiance, on ose les crier, dans la solitude qu'ils sont seuls à même de partager.

Un extrait :

GASPARD. - Bon, bon... Mais qu'est-ce que vous faites, là, la nuit, ici.
SLYVIE. - J'attends.
GASPARD. - Qu'est-ce que vous attendez ?
SLYVIE. - Que quelque chose se passe, un truc énorme, un tremblement de terre, que les gens dansent les claquettes...
Vous voyez le truc ?
GASPARD. - Non... Pas vraiment...
SLYVIE. - C'est pas grave, c'était une image, quoi, les claquettes... Moi quand j'étais petite je voulais être danseuse ou chanteuse ou danseuse, un truc comme ça, mais mon corps s'est pas bien développé pour la danse, il fallait que je parte en longueur et j'ai fait tout le contraire, je suis partie dans les grandes largeurs... Oh j'aurais voulu dire au monde entier ce que j'avais là dans le ventre...



Partager cet article
Repost0
25 mars 2010 4 25 /03 /mars /2010 09:25
9782246429111.jpg


Ce récit est l'histoire vraie d'un homme au parcours atypique.
Il la raconte lui-même, sans complaisance, en toute simplicité, ainsi le livre se lit comme un roman. Un roman passionnant,  pour qui s'intéresse de près ou de loin à la psychanalyse.
Celle-ci est au centre du récit de Gérard Haddad - il aura eu une analyse quotidienne de 11 ans, avec Lacan, jusqu'à la mort de ce dernier. Mais elle n'est pas la seule chose surprenante : son revirement de carrière - à 29 ans, ingénieur agronome brillant qui sillonne les continents, il entame la médecine pour devenir psychiatre-psychanalyste. Son retour à la chose religieuse, lui le juif communiste athée, sa rupture avec la Tunisie natale (patriote convaincu, il sera contraint à l'exil au moment de l'autonomie du pays), et puis ces rencontres, ces coïncidences, ces hasards incroyables qui font un destin, un chemin, une personne dont on ne sait finalement pas beaucoup plus que quelque chose qui sonne comme une authenticité.
Non, je n'ai pas tout raconté, car c'est peut-être ce "tissu" du récit, un tissu
avant tout humain, qui fait le plaisir de cette lecture. Chaude recommandation.

Merci Dominique et Brigitte toujours de bon conseil...




Partager cet article
Repost0
23 février 2010 2 23 /02 /février /2010 10:50
Russel Banks : un auteur incontournable de notre époque, publié chez Actes Sud, qui s'impose comme une figure majeure du roman - il est président du Parlement international des écrivains et membre de l'American Academy of Arts and Letters, il est traduit dans une vingtaine de langues...
Je découvre enfin l'écrivain, avec ce titre, La Réserve.
Oui, c'est vrai, on se laisse prendre à l'histoire qui peut au début apparaître comme une banale passion légère dans la haute société américaine des années 30, et puis qui prend sa consistance au fil des pages, avec une tonalité qui s'assombrit, avec des motifs un peu moins roses comme le secret de famille, la névrose qui en découle - ou la psychose ? la question reste ouverte -, avec la résistance à Franco en arrière-plan et la montée du nazisme, avec un cadavre embarrassant, avec des personnages qui gagnent en complexité, donc en vérité.
C'est maîtrisé, c'est efficace.
reserve.jpg
Partager cet article
Repost0

Présentation

  • : Du mobilhome
  • : Une maison mobile pour des mots de moi, de vous, qui ferez trois p'tits tours et vous en irez, après avoir mis trois p'tits mots si vous en avez envie
  • Contact

S'inscrire à la newsletter pour être averti quand un nouveau post est posté !

Recherche