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18 juillet 2012 3 18 /07 /juillet /2012 22:43

7e étage. Celui en ardoise. C'est là que Pablo a grandi, au coeur du Quartier latin. En face, de l'autre côté de la rue, un immeuble plus récent offre, en façade, six chambres multipliées par 7 autres étages. Dans chacune, une jeune fille. Elles ont 18, 20 ans. Elles passent par ce foyer une ou deux années, le temps de commencer leurs études.

Enfant, il jouait sur le balcon et amusait les jeunes filles, qui lui faisaient des signes, sans doute attendries par ce petit garçon solitaire et coquin.

A l'adolescence, il a dû observer ces fenêtres, caché dans la pénombre, fasciné par cette maturité, curieux de tant de féminin.

Puis il a échangé avec certaines, sympathisé. Voisin sociable, je l'ai croisé un jour sur le trottoir. C'est devenu un bon camarade, un voisin affable, petite lumière rougeoyante quand il fumait accroupi sous sa fenêtre. On fumait ensemble, en quelque sorte.
Il a eu des amourettes, aussi. Vous savez, de celles qui pétillent au début, qui dégringolent de leurs sept étages quand une autre fille prend la place : le rideau se tire, tiens, cela veut tout dire... Elles ont eu mal, ces étudiantes, après. Puis elles ont quitté le foyer et d'autres les ont remplacées. Il y a une date limite, on ne reste jamais trop longtemps dans ces murs.

J'en suis partie et l'ai croisé encore dans une ou l'autre rue du cinquième arrondissement. Puis je suis partie plus loin encore. 

Que deviens-tu Pablo ? Elles doivent te paraître bien jeunes à présent tes voisines. Tu as grandi et, à ton tour, sans doute portes-tu sur ces fenêtres, ces vies dans ces carrés de lumière, un regard amusé ou attendri. Ces toutes jeunes filles. Ces filles à l'éternelle jeunesse. 

 

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14 novembre 2011 1 14 /11 /novembre /2011 21:42

Des femmes sont assises sur des chaises. Elles parlent les unes après les autres, mais en se coupant la parole, à la manière d’un canon.

 - Voilà que reviennent de vieilles questions 

- Lancinants refrains de l’adolescence

- Je suis folle, ils le disent tous

- Déjà, petite, à l'école...

- Si différente et parfois trop complexe pour me comprendre moi-même

- Des contours un peu flous, des creux des bosses des zones très colorées et d’autres si sombres, une obscurité qui résiste et qui force, une obscurité solide

- (vite) Comme si mon esprit avait un autre corps, et mon corps un autre esprit, infidélités mystérieuses, duplicités insaisissables, formes gigognes, qui toujours ne s’épousent pas, des boules dans des carrés, des cubes dans des ronds

- Et des bulles…

- Et une notice toujours déjà perdue

- (criant) Des poupées russes !

- Des hommes, différents ou complémentaires, des désirs contradictoires, des questions sans réponses, des choses qui tournent et retournent, et pas toujours rond, monsieur le policier, j’ai ma névrose, mais QUI n’a pas sa névrose

- (marmonnant) Des angoisses semblables à des bans de brume semblables à des boules de gomme semblables  

- De la pluie du soleil et météofrance qui déraille

- (détachant les syllabes) un air de déjà-vu, de déjà-entendu, des spirales des sinusoïdes, un éternel retour

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5 novembre 2011 6 05 /11 /novembre /2011 18:53

- OU SONT CES PUTAINS DE CARTES ?

- Oui mais que veux-tu, il pleut et il fait nuit, où veux-tu aller ?

- Eh bien, je n'ai pas envie, pas envie de repasser, pas envie de faire à manger, pas envie de converser ni de regarder la télé, envie de rien, courir, si peut-être, courir nu sur la plage

- Y a les gens qui viennent, les gens qui viennent, calme-toi

- Dites, dites, vous connaissez la blague de la pute qui pète ?

- Les gens qui viennent et rien n'est prêt !

- Tiens donc, gémeaux : mercure est en mars

et les femmes viennent de pigalle

- et vous aurez quelques petits problèmes de nerfs

les nerfs comme une pelote, emmêlée, des fils partout des noeuds de la laine qui pique et le chauffage est trop fort ;  les nerfs comme de la pâte à modeler de la pâte à péter de la pâte à pain loupée

- Mais où sont, où sont, où sont passées mes clopes

- Ce qu'il faudrait là, c'est installer un groupe. Un bon gros groupe bien hystérique avec de la basse bien grasse. Dans le coin, là, non ? 

- "S'énerver" : amusant, que ce soit un verbe pronominal, comme ça. Je m'énerve, tu t'énerves. Comme si au fond, quelle que soit la chose qui te gonfle, finalement, c'est toujours à toi-même que t'en veux

- Et puis tu crois que commander une autre bière c'est la solution ? enfin on va pas y passer la nuit, dans ce rade, et peut-être que tu pourrais...

- travail : à vous de provoquer de nouvelles oppo... opportunités. Mais gare à votre goût pour l'aventure, parfois la sécurité est appréciable.

- Attends, attends, là, je te parle d'in-sa-tis-faction. Tu sais ce que c'est toi ? un appétit grand comme ça, les yeux plus gros que le ventre, et le ventre plus gros que les yeux, comme un con au cul de l'infini, celui qui te tourne le dos, qui te pisse à la raie, et qui te laisse en plan, à te branler comme un nase avec un demi-smic pour t'arroser de krö ? avec des rêves que t'as laissé passer, que tu fais que laisser passer, parce que t'as même pas une petite caisse pourrie pour les faire monter dedans et leur faire faire un bout de chemin. Même pas un... tu m'avances la suivante ? demain, je paie ma tournée. 

 

 

 

 

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