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30 mars 2010 2 30 /03 /mars /2010 09:47
Elle est agenouillée dans le sable mouillé, juste au bord de l'eau. Elle ramasse un peu de ce liquide lourd qu'elle jette d'une main dans l'autre. Elle grimpe, où le sable est sec, en ajoute à la boule qui va se faire. Elle redescend, remet du sable mouillé, puis du sec, encore, et entre ses paumes la forme grossit. Une nouvelle fois, puis une autre, sable sec, sable mouillé, et tapote un peu, la boule est bien ronde, elle pèse de plus en plus lourd, elle ressemble à un roc. Elle est absorbée. La brume est légère, sourde, il fait doux, la mer est basse, les algues brillent au milieu de la lagune, lancinantes avec leur odeur salée. La journée va être courte, elle ne pense à rien, elle a trop de choses à faire. Puis elle décide de jeter la boule, avec force. Elle est satisfaite. C'est la plus réussie de toutes celles qu'elle vient de fabriquer, on le sait quand on les casse. En attendant la marée, il y a les crabes à ramasser. Elle a peur de se faire pincer, mais c'est tellement excitant, ces petites pattes rapides, ce déplacement bizarre, dès qu'on soulève un rocher c'est une multitude qui s'anime, qui s'énerve, qui court dans tous les sens. Dans le seau de plastique bleu, ils sont beaucoup plus calmes. De toute façon elle les relâchera. Il y a aussi les anémones de mer, à aller voir, à titiller. Du bout du rateau, la fleur aquatique prend vie, tout soudain, et devient animale. Ce serait bien de la voir capturer quelque chose, se nourrir, cette demi-vie qui ressemble à une algue fleurie, orange, violette. Puis à une tripe grise, une fois refermée. Elle respire un grand coup. Sa peau est noire, noire partout, elle ne porte pas de chapeau, elle aime la brûlure de ces jours d'été.
Maintenant elle est allongée par terre, les jambes et les bras écartés. Comme si elle faisait la planche - l'eau va bientôt monter. Elle s'est déjà couverte de sable, entre les doigts de pieds, jusqu'aux genoux, jusqu'aux coudes, partout dans les cheveux, entre les fesses - elle n'y prend pas garde - elle s'en fout. Ce qui l'intéresse, c'est la brume, et comme celle-ci est bourrée de cette odeur de poisson. Ce serait bien de pêcher des poissons, des vrais, des gros. Mais déjà les larves, c'est pas mal, ces petites bestioles qui ressemblent à des crevettes, miniatures. Ici tout est à sa dimension, même le large dont on voit la courbe, même les vagues au loin dans un infini de brisures, d'écumes, de temps. Elle essaie toujours d'appréhender les bords. Elle sait pourtant que la terre est ronde, elle a appris ça, mais elle aime imaginer qu'elle peut attraper les bouts avec les yeux. Avec ce regard, elle est comme les mouettes. Si je devais me réincarner, ce serait en mouette.
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25 mars 2010 4 25 /03 /mars /2010 17:54
creuser, creuser, avec un pieu, une hache, une fourchette, une pelle, un pinceau même à la fin, creuser toujours, les choses, les idées, les envies, pour trouver, trouver, des trésors, des coffres, des pièces d'or, des lumières, des traces de l'histoire, d'une civilisation, d'un animal, ou des mots, les mots ternes, qu'il faudra épousseter et faire luire, faire sonner, s'éblouir, s'ébahir, s'abrutir de ses trouvailles, dénicher, retrouver, exhumer, assembler, fouiller, se courbaturer, s'exalter, se faire chier, être récompensé, creuser toujours et plus profond, après d'autres, aux côtés d'autres, tamiser, filtrer, égoutter, creuser encore jusqu'à l'autre bout de la terre, jusqu'en Chine, jusqu'à Wallis-et-Futuna, jusqu'aux petits poissons de l'autre bout du bout, toucher la terre et la gratter, jusqu'à l'autre côté du mur, avec une scie avec une lime avec les ongles avec les dents, cracher les gravillons et manger la poussière, et creuser pour trouver, les trésors et la lumière, le bout du tunnel, le bout des choses, l'autre côté, l'ombre, le soleil, la fraîcheur, avec les deux pattes avant en l'air, les théorèmes, l'eau, l'or, le sel, Montecristo...
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17 mars 2010 3 17 /03 /mars /2010 11:57
Valise, coffre, panière, billets de train, billets d'avion, le plein d'essence, penser aux CD pour la route, une bouteille d'eau aussi, l'appareil photo le caméscope, le maillot de bain les tongs, des sandwichs peut-etre et des devises, les chaussures pour marcher, l'oreiller pour dormir, les piquets de tente, les ski, plus c'est gros plus on risque d'oublier, les enfants, le chat, le Routard ou la carte, ou juste la brosse à dent, ou rien, les mains dans les poches crevées, on s'en ira, on s'en va, bouger, bouger bouger !
Changer d'air, de langue, de panneaux d'autoroute, toucher les nuages, manger des tapas, des insectes, boire des alcools de toutes les couleurs ou avaler du peyotl, grouille, grouille, M. et Mme Machin sont demandés d'urgence en porte d'embarquement 12, tant pis pour ceux qui restent, tant pis pour ce qu'on laisse, on décolle, on se casse, on s'marave, ciao la compagnie, adios amigos !

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16 mars 2010 2 16 /03 /mars /2010 15:41
- Il faut absolument que tu apprennes à glisser.
- Oui, c'est vrai.
Connaissez-vous ces figurines à deux sous vendues souvent à la sauvette, bonshommes longitudinaux, aux couleurs fluorescentes, au corps élastique et un peu collant, qu'il faut jeter avec force contre un mur ? Elles s'y collent, alors, et puis font une série de pirouettes, pour descendre, salto arrière, collé, salto avant, collé, et ainsi de suite. La matière est ludique, sorte de caoutchouc mou, qu'on retrouve aussi dans des balles ou autres jouets bon marché.
Certaines personnes ressemblent à ces petits bonhsommes. Elles collent aux choses, adhèrent aux surfaces sourdes, aux parois aveugles, aux briques froides, aux parpaings gris et rêches. L'exercice du retournement leur est même parfois trop difficile. Elles tiennent un peu de la pieuvre, avec ventouses en guise de peau. L'obstination de leur désir les tient accrochées aux mots, aux énigmes, aux douleurs. Leur chair, leur corps, est tendre, trop tendre. A trop vouloir comprendre, se faire entendre, des fluides, elles s'écorchent ou s'abîment, l'oreille plaquée, l'oeil bouché, les lèvres aspirées.
Je voudrais glisser, glisser, en moto des neiges, sur des skis nautiques, dans une barque ou en montgolfière, entre les nuages. Glisser sur les gens, sur les choses, quitte à m'envoler, et flotter. On s'en fout.
J'ai essayé, une fois, j'avais quatre ans, ou cinq. Pleine d'eau et de savon, dans un hammam, je me suis amusée à de gloussantes glissades. Tout l'après-midi. Je ne pouvais plus m'asseoir, après... toute blessée que j'étais !
Car il faut apprendre, à glisser. On est glisseur ou on ne l'est pas.
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11 mars 2010 4 11 /03 /mars /2010 10:00

 

Meteo Consult m’envoie un mail, ce matin, « en route vers le printemps ! ». Mais je le savais !

Les arbres ont mis leurs beaux habits : des rubans de la dentelle la promesse du blanc du rouge du jaune et puis un peintre fou ne va pas tarder qui va jeter du vert, partout partout, autour de ma maison mobile.

On vivra comme des écureuils entre les feuilles, comme des koalas parmi les branches, et puis peut-être qu’on sautillera à l’heure de l’apéro.

J’installerai ma guirlande multicolore et ce sera la foire ou le cirque sauvage avec les chouettes les poules les chiens le chat et le faisan qui se plaît bien les libellules et les moustiques – les fruits juteux la pétanque et les étoiles du sud – les tongs les vélos les orteils qui respirent les pieds qui se salissent – le sel autour des lèvres et le reggae – l’odeur des sarments le nouveau goût de tout   

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5 mars 2010 5 05 /03 /mars /2010 12:59

Quand on choisit un restaurant au hasard, on fuit les salles vides, par ce raccourci dont on est sait qu’il est idiot : « il n’y a personne, c’est que ce ne doit pas être bon. » On préférera celui où plusieurs tables sont déjà prises, même si elles sont pleines de gens déçus par ce qu’ils mangent ou en train d’avaler leur intoxication alimentaire du lendemain. On préférera le « restaurant à touristes ».

Le vide a mauvaise réputation.

Le vide fait peur – d’où le vertige. Il est dangereux – d’autant qu’il attire.

Le vide est bête – ça sonne creux dans ta tête.

Le vide renvoie à lui-même dans une spirale infinie qui résonne dans les oreilles – l’écho.

Le vide déçoit l’attente – la piscine est vide. Le rayon boucherie est vide. La bouteille est vide. Les cuves de carburant sont vides.

Mais on n’est pas des touristes. Et on ne se laissera pas gagner par les préjugés. D’ailleurs, on aimerait bien, des fois, « se vider la tête ». « Faire le vide ». Et puis on se plaint, quand on n’a pas de place pour mettre les jambes, qu’il y a tellement de monde qu’on ne s’entend pas. Qu’on a trop de bibelots. Dont on n’arrive pas à se débarrasser, parce qu’on est trop sentimental. Qui ne servent à rien qu’à attirer la poussière.

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4 mars 2010 4 04 /03 /mars /2010 10:51

Le chien aboie et le mobilhome ne passe pas. Le temps non plus. Les nuages, oui, qui ont caché les rayons du soleil, et ont tout grisé alentour. Pour remettre un peu de chaleur, de couleur, je lance le Don Gionvanni de Mozart. Je sais que je peux compter là-dessus, pour ne plus avoir à compter les minutes. Losey situe l'ouverture dans une forge, et le feu, le métal en fusion, annoncent l'enfer qui attend le séducteur sans scrupules. C'est grandiose.
Il y a la vaisselle à faire, le linge à ranger, à laver, à repasser, à ranger. La voiture à aspirer, des courriers à rédiger, mais l'administration comme la poussière attendront. Pourquoi n'attendraient-elles pas, elles aussi ?
Ainsi nous attendons. Nous attendons le déclic, le désir, l'inspiration, un coup de téléphone, un coup d'envoi, un mail, le retour du soleil, que sais-je.
Le vide, paraît-il, c'est des possibles. C'est un espace à aménager, à habiter, à vivre. J'aime le croire, et donc j'attends, les meubles, le papier peint, les idées. Les portes ne sont pas fermées, qui voudra entrera et peuplera cette maison toujours à rénover. En attendant, comme dans le film de Jarmush, c'est le café et les cigarettes qui sont les héros de l'histoire.
Parfois les jours ressemblent à un film de Jarmush. Avec des plans-séquences qui se prolongent, se prolongent.
Avec des dialogues réduits au mimimum. Avec des façades qui défilent, qui défilent. Il faut apprendre à apprivoiser la lenteur, le rien, et puis apprendre à aimer ces morceaux de ville underground, le côté gris, celui que les touristes ne voient jamais, à Paris, à New York, à Séville, à la Nouvelle Orléans, celui où tous les graffitis se ressemblent, où tous les trottoirs explosés, les poubelles éventrées, les murs maculés et pisseux, donnent à voir la même urbanité désolée et figée.
Et c'est la musique qui rend sa beauté au monde.

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25 février 2010 4 25 /02 /février /2010 15:32
Tout commence dans un rayon dépeuplé de supermarché : un morceau de jarret sous cellophane, et la promesse qu'il porte en lui, et l'envie qu'il communique.
Quelques heures plus tard l'odeur flotte, là, humide, dans la maison sur cale où il est difficile de garder confidentiel le fumet d'un plat sur le feu.
Mais ce n'est pas un mal, c'est un bien. C'est plein les narines l'enfance, la grand-mère trop âgée, trop fragile pour passer des heures aux fourneaux, mais qui valide, conseille et distille ses conseils rares et précieux comme le safran. Qu'il ne faut pas verser, bêtement, sur la viande et les herbes, mais qu'il faut écraser d'abord au-dessus de la viande, dans une cuillerée d'eau chaude, pour mieux lui faire exhaler ses pouvoirs.
C'est en deux, trois minutes, que tout se joue. La mise en marmite de la viande. L'huile est chaude, et moi je bous, je stresse, j'ai à peine le temps, et tout se joue. Passé ces instants capitaux, il n'y a plus qu'à s'occuper, sans trop s'éloigner. Et la magie a lieu. L'odeur, la vraie, l'authentique, celle qu'on reconnaît ou ne reconnaît pas, j'ai de la chance, je l'ai toujours reconnue. Pour moi on est en chance et en magie, il n'y a pas plus d'explication. A travers les années, ma mère, le téléphone pour la recette, en quelques mots, le détroit et l'Espagne, et le Pays basque et les Landes, et l'adolescence et la vie étudiante, voilà l'odeur qui sort de mon vieux faitout.
La recette a été transmise, de ma grand-mère à sa belle-fille, ma mère, puis de celle-ci à moi, parfois en transitant par une de mes soeurs, sans aucune indication chiffrée. De balance, pas besoin. Combien ? "Du". "De la". "Un peu". "Pas trop". "Tu vois". L'indéfini le plus imprécis, mais on s'en contente, il faut faire confiance à la magie, laisser le bout des doigts suivre son instinct quand il pince dans le pot de paprika ou de gingembre ou de cumin. Quand il pioche dans la touffe de persil ou de coriandre. Il faut laisser faire la transmission.
Et ne pas oublier le pain.
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23 février 2010 2 23 /02 /février /2010 11:16
« En espagnol, añoranza [nostalgie] vient du catalan enyorar, dérivé, lui, du mot latin ignorare (ignorer). Sous cet éclairage étymologique, la nostalgie apparaît comme la souffrance de l’ignorance ».
(Milan Kundera)
La nostalgie comme ignorance de cet "entretemps", la nostalgie comme ignorance de "d'où-je-viens", la nostalgie comme ignorance de qui-je-suis, dans cet entre-temps, dans cet entre-deux.
S'il y avait certitude, il n'y aurait pas souffrance, en effet, pas de Sodade. "Petit pays, je t'aime beaucoup", je t'aime parce que je t'ai quitté, parce que je ne te (re)connais plus, parce que tu ne me (re)connais plus. Je t'aime dans cette béance entre toi et moi, dans cette absence, dans cette faille qui prend pour certains la forme d'un détroit. Quelques kilomètres suffisent, quelques années, et la mer qui opérera la dilution.
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