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3 mars 2010 3 03 /03 /mars /2010 14:40


Quand j’étais petite, j’écrivais tout le temps, et souvent, c’étaient des lettres à une amie imaginaire – elle vivait en Amérique.

Je crois qu’écrire c’est rejouer toujours cette invention enfantine du jumeau rêvé, du correspondant idéal – que dans toute situation d’écriture il y a ce destinataire parfait, celui qui lira, d’abord, celui qui comprendra, ensuite, au sens d’entendre et d’englober, celui qui englobera la parole dans sa pensée comme il s’englobe lui-même dans l’arrière-plan de l’écrit. Je pense, oui, qu’on écrit – même dans son coin, même sur un siège de bus ou une table de bistrot, un gribouillis indéchiffrable et solitaire – pour – para

L’espagnol distingue de façon juste pour, para et pour, por : por contient une notion d’origine ou une cause, para est plutôt tourné vers une destination, un aboutissement,

On écrit donc dans une quête, pour une communion, à la recherche d’un lien – un lien de mots dans toute la déception qui peut s’y jouer, dans tous les malentendus qui peuvent exploser à force qu’on passe et repasse sur ce terrain miné.

Une recherche donc, qui porte en elle son propre risque. Pour écrire – pour arriver à écrire – il faut donc être joueur, être prêt à perdre plutôt que jouer pour gagner. Et ce n’est qu’alors qu’on n’a plus rien à perdre et tout à gagner.

Bien sûr il y a un por aussi – je crois bien que oui, c’est une certaine solitude – au milieu du monde, de la pensée – qui cherche à se combler par une plume bavarde. Comme le chante si bien Zazie dont « Sur toi » me vient en tête, qui est une très belle chanson (ce thème de l’écriture d’ailleurs s’il est très fouillé à l’écrit ne court pas les chansons, alors même qu’elles sont écrites. Parce qu’elles sont écoutées mais pas lues ?)

Mais il y a surtout un para.

Para veut dire, aussi, « arrête ».

OK, j’arrête…

Oh, la pirouette...

 PS : ça pourrait continuer longtemps. Parce qu’il faut aussi savoir arrêter – arrêter l’écrit qui peut s’écrire, se réécrire, s’effacer, se raccourcir, se rallonger – il faut mettre un point final et cliquer sur « envoi », à un moment ou à un autre, ou envoyer son BAT bon à tirer, bon à lire, bon à brûler, bon à rien, bon à caler une table bancale… ça fait partie du jeu. Mais c'est un autre sujet.

 


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26 février 2010 5 26 /02 /février /2010 16:09


Un lumbago ça fait mal partout – au dos, bien sûr, mais la douleur gagne l’intérieur, parce qu’on est diminué, qu’on ne peut rien faire, qu’on se traîne comme un ver. On est rendu au plus bas : on est mieux allongé par terre, on rampe plus volontiers qu’on ne marche. Ca me fait penser à Molloy, de Beckett – un chef-d’œuvre, au passage – ce personnage rendu aux feuilles, comme une pomme pourrie qui n’a plus eu qu’à laisser faire la gravité.

On est réduit à la gravité – le plus bas, le plus horizontal possible.

On est réduit aux perspectives de l’enfant ou du chien, à dormir à côté de la panière, voir le dessous des meubles, la poussière.

Le chien, vu d’en bas, est grand et puissant. Quand il vient voir si tout va bien, met un coup de langue, on est réduit à se laisser faire, on est comme son chiot.

C’est quoi l’expression déjà, un chiot de sa chienne ? non, rien à voir avec mon dos.

On est réduit à laisser faire la messagerie du téléphone car on n’ose pas décrocher. On ne sait jamais, si on répondait en aboyant…

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24 février 2010 3 24 /02 /février /2010 15:57

Ca a été pour moi une délivrance de prononcer pour la première fois et à haute et intelligible voix la phrase : « Je n’aime pas Barry White ».

Tout le monde aime Barry White. Tout le monde a écouté, chanté, dansé sur Barry White. Barry White, c’est universel, incritiquable, intouchable, le classique par excellence, accessible, entraînant, une musique pour films, pour séries, pour piste de danse, pour soirée, pour journée, seul, pour amoureux, pour amis…

Mais pour moi, Barry White, c’est trop « Barry White ». Ce n’est pas par souci de me distinguer, ou pour le plaisir d’être anti-consensuelle, que je n’aime pas Barry White. Non. Ce n’est pas sa voix que je n’aime pas. Ni l’homme. Ni le rythme. Je n’ai rien contre les paroles non plus.

En réalité je ne sais pas pourquoi je n’aime pas Barry White.

Je ne déteste pas, non plus. C’est juste que je n’aime pas Barry White. C'est tout.

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23 février 2010 2 23 /02 /février /2010 13:05
Cela faisait quelques mois maintenant qu'une bloggeuse active et amie m'encourageait à me lancer dans l'aventure du blog. Comme un jeu, comme une drogue, c'est ce qu'elle m'a transmis du procédé. Avec l'excitation de "est-ce que j'ai un comm'????" [un commentaire], une excitation qui a quelque chose de celle de l'enfant le matin du 25 décembre.
Et moi je disais non, ce n'est vraiment pas mon genre, j'ai un problème avec la publication, le fait de rendre public. (pour une éditrice, vous me direz, c'est le comble, ou peut-être justement, publier les autres, c'est reconnaître leur talent ; me publier moi, c'est quoi ?) Ecrire pour moi, oui, dans le plus grand secret, sous la plus grande censure, la mienne, oui, mais pas écrire pour être lue. Je ne peux pas. Concrètement, je peux, tout le monde peut, c'est facile, c'est gratuit, c'est rapide, pas compliqué. Mais moralement, c'est une autre affaire.
J'ai décidé de lever cette censure et d'ouvrir un "salon de discussions". D'inviter à la fête. Je commence prudemment. Je n'invite que mes proches, pour l'instant. Mais j'espère qu'ils viendront. Qu'ils boiront, qu'ils danseront. Qu'ils apprécieront. C'est ce côté-là, je crois, qui me tente, que je recherche. C'est créer du lien avec eux, encore plus, leur écrire dans l'envie de les lire. Alors écrivez-moi, mettez des comm', fréquentons-nous. Laissez-moi des cadeaux sous le sapin, tous les jours, oui !





Cette amie, c'est Brigitte. Son blog, c'est Paradis bancal et je vous invite chaudement à le visiter.
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23 février 2010 2 23 /02 /février /2010 10:41
lormontPoste.jpg
Hier soir en sortant de ma séance de kiné, à Lormont, voici ce que je vois !
C'est dans le journal Sud Ouest d'aujourd'hui : on a tenté de voler l'argent du distributeur de billets de la Poste à l'aide d'une pelleteuse dérobée je ne sais où.
Une méthode discrète et efficace... en tout cas originale, et si les billets n'ont pas bougé de place, le mur si, un peu.

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22 février 2010 1 22 /02 /février /2010 14:00

Qu’est-ce qui nous définit, en tant que personne, quand on atteint l’âge dit de raison, qu’on est plus « le fils … » ou « la fille … », qu’on n’est plus … en préparation, étudiant en ceci ou en cela, qu’on attend de nous (et de nous-mêmes) d’être défini, d’être quelqu’un ou quelque chose ?

Untel est un avocat brillant de la place bordelaise. On est défini par son métier, par son talent, par son inscription géographique. On est encore parfois le fils ou la fille de, la femme ou le mari de, on est aussi souvent défini – ou on voit son identité complétée – par la filiation. L’heureux papa d’un petit …, ou la mère d’un certain nombre d’enfants.

Et quand on est au chômage, qu’on n’est là que depuis peu et qu’on peut être amené à quitter la ville, qu’on n’a pas d’enfant, qu’on n’est même pas marié, et que par-dessus le marché on n’a aucun talent particulier à afficher, on est qui ? qu’on n’a pas écrit de livre, qu’on n’est pas un pianiste brillant, qu’on ne peut pas se vanter que les cris d’un bébé nous empêchent de faire des nuits complètes, qu’on s’est juste posé quelque part…. Alors on n’est personne ? on a décidé à un moment donné – qui est passé – qu’on n’était plus en construction, comme une vitrine ou un site internet, parce qu’on a terminé ses études et qu’on ne prépare ni une thèse ni un concert… Alors on n’est déjà plus ? on n’est pas mort pourtant, on est vivant et on espère, on cherche, on se bat, on passe des entretiens dont l’issue s’efforce de nous faire croire qu’il y a toujours mieux que nous, on n’abandonne pas parce qu’on sait qu’il y aura un travail – mais alors ce travail nous définira ? on n’est soi-même pas capable de le définir, ce travail, parce qu’on est réaliste et qu’on sait qu’il faudra s’adapter à ce qui est possible, qu’on sait que personne ne créera le poste pour lequel nous et nous seuls somme faits.

Qui on est quand on est « en demande », « en recherche », pour satisfaire aux exigence euphémistiques de notre société pudique ? qui on est quand on est encore jeune, trop jeune, peut-être, pour légitimer une expérience, mais bientôt trop vieux pour pouvoir exploiter cette expérience qu’on n’a pas acquise, parce qu’on était trop jeune pour l’obtenir ?

Qui je suis quand je vois cette jeune pianiste prodige, à côté de qui je suis un dinosaure, que je vois ce chef d’entreprise, que je suis trop jeune pour intéresser, qui je suis moi qui aimerais savoir écrire, éblouir sur les planches, gagner tournoi sur tournoi la raquette au fusil ? qui je suis moi qui m’efforce à croire que je suis moi, avec ma sensibilité, avec ce que j’ai dans la tête, dans le cœur, avec ce que j’ai à donner, avec ce que j’ai à apprendre, moi qui m’efforce à continuer de croire que l’identité n’est pas une place dans la société, mais qui malgré moi suis inscrite dans toutes sortes de réseaux sociaux entre mes anciens camarades de classe ou de fac qui sont « marketeur », « professeur agrégé », « responsable éditorial »…

Qui je suis moi qui voudrais bien choisir de vivre en province, où je suis, pour pouvoir emmener mon chien le dimanche au bord de la mer quand j’ai envie d’une douzaine d’huîtres avec son petit blanc ?

Qui je suis moi qui n’ai à afficher que des rêves, des désirs, mais qui ai passé l’âge de dire « quand je serai grande, je serai…. »

Je voudrais qu’on me dise, qui je suis, moi, pour moi, quand il pleut, qu’il fait gris, que le temps se fraie un chemin dans un silence épais, moi la veilleuse de jour, qui n’a rien perdu encore, rien gagné non plus, à part des années – quelques-unes maintenant, dans cette tranche « de raison » – que j’ai gagnées ? que j’ai perdues ?

 

PS : je ne voudrais pas ajouter à ces questions celles, nombreuses, que nous imposent les démarches d’un renouvellement de carte d’identité. Ce serait bien trop simple que sur un papier imprimé, plastifié et légalisé la question de l’identité trouve sa résolution dans les délais prévus par la toute-puissante Administration.

Déjà, il faut savoir que la continuité d’une identité ne va pas de soi. Ce n’est pas parce qu’on a déjà une carte, qu’on la renouvelle de façon automatique. Non, une fois qu’elle est périmée, elle remet tout en question. Comme si, 10 ans après le jour où j’ai eu la précédente – date à laquelle j’étais née le 7 juin 1981 – cette information était susceptible d’avoir été modifiée entretemps. Comme si, un jour au cours de ces dix années, tout d’un coup, alors je suis née un 11 avril 1979. Ou bien j’étais une fille, je ne le suis plus – c’est vrai, c’est possible. Ou bien j’avais les yeux marrons, ils sont bleus, maintenant. Non, bien sûr, ce n’est pas ce qui fait peur à Mme l’Administration qui s’en fout que je sois gémeaux ou bélier. Elle a plutôt peur que j’aie usurpé le privilège de ma glorieuse  nationalité Française, et elle veut s’assurer que la même Administration n’a pas, dix ans plutôt, été trop nonchalante en me la donnant généreusement alors même que je la méritais pas.

Je ne sais quel document historique je vais devoir fournir, après l’avoir déniché grâce à des fouilles archéologiques dans les ruines d’un bâtiment de l’état-civil de Constantine, Algérie, ou de Tétouan, Maroc, où ont été enregistrés un jour mes arrière-grand-pères. Mais je le trouverai, et je le fournirai, car sans cette fichue carte, je ne suis rien, et que je n’ai pas besoin de ça, en plus, comme obstacle pour accéder à la vérité de qui je suis, moi.

 

 

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