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26 décembre 2011 1 26 /12 /décembre /2011 18:34

Voilà un petit bijou méconnu du cinéma !

Ce film israëlien, l'unique, que je sache, du réalisateur Eran Kolirin, n'a pas fait beaucoup de bruit.
Pourtant il est drôle, intelligent, peu bavard, tout en finesse, touchant (et il touche juste).

La Fanfare de cérémonie de la Police d'Alexandrie, autrement dit une douzaine de policiers égyptiens en uniforme bleu ciel armés qui de son violon, qui de sa trompette, qui de son violoncelle, débarquent - c'est bien le mot ! - pour jouer dans le centre culturel d'une petite ville israëlienne. Sauf que personne ne vient les chercher à l'aéroport, qu'ils se débrouillent pour prendre un bus, et atterrissent dans une ville minuscule - presque fantôme - qui, à une ou deux lettres près, n'était pas leur destination d'origine.

Ils se retrouvent pris en charge par des habitants qui le veulent bien (ou presque), et là : des paumés égyptiens rencontrent des paumés israëliens. Sous des airs absurdes, des plans fixes, longs et déserts, cocasses souvent, le film va décliner ces face-à-face qui souvent se dénouent autour de la musique.

A voir absolument ! (et en VO, car chacun bien sûr parle sa langue, mais l'anglais les rapproche avec leurs accents uniques).

 

fanfare

 

 

 

La Visite de la fanfare, un film de Eran Kolirin, avec la superbe Ronit Elkabetz et le génial Sasson Gabai,  DVD : 2007 (Coup de coeur du jury - Un certain regard au Festival de Cannes).

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24 décembre 2011 6 24 /12 /décembre /2011 11:27

Le Mexicain Juan Rulfo considéré comme l'un des meilleurs écrivains latino-américains du siècle n'a écrit que deux titres, ce roman et un recueil de nouvelles.

Un drôle de bouquin que ce Pedro Páramo. Peut-être à cause d'un malentendu, car je ne sais pas pourquoi je croyais que c'était une histoire comique. Eh bien... pas vraiment...

Le titre aurait pu être "Le dialogue des morts" ; on flirte avec le surnaturel, la forme même de roman est éclatée aux frontières du récit, de la poésie voire du théâtre. Voire de la chanson, si j'osais. Car si le narrateur, dans les premières pages, nous installe dans la quête d'un père qu'il n'a jamais connu et qu'il va tenter de trouver dans le village de Comala, une cuvette brûlante où le vent même n'arrive pas ; on perd rapidement nos repères et on quitte une situation réaliste pour se retrouver prisonniers, avec lui, de voix, c'est lancinant, les époques tournent et retournent dans des chants comme en canon ; quand on croit enfin saisir un "personnage" il s'échappe, c'est un mort, et la mort, la mort, la mort à toutes les pages, sorte d'éternité étouffante, chaleur écrasante, qui nous enferme et nous perd.

C'est vrai que l'écriture est d'une beauté incontestable. Mais... quel univers... 

Un texte court qui a quelque chose d'unique, de très puissant.

 

 

 

 

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Juan Rulfo, Pedro Páramo, 1955. En poche, traduit du mexicain par Garbiel Iaculli, chez Folio.

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23 décembre 2011 5 23 /12 /décembre /2011 08:09

 

 

 

 

 

Certaines choses sont beaucoup plus que ce qu'elles sont. Elles portent en elles d'autres images, d'autres lieux, d'autres temps et tant d'émotions. Comme la mer elles charrient mille corps, elles bougent et font bouger, elles créent des mondes, anciens ou à venir, sculptent les rochers, les coquillages en sable, rongent les dunes, transportent des corps morts des bouteilles vides du fuel ou des algues. 

Et les jettent sur la grève.

 

L'Adagio de ce quintet à cordes de Schubert.

C'est un morceau de musique. C'est un film. C'est un, deux ou trois ans de souvenirs sur la crête entre l'enfance et l'adolescence. C'est un jeune acteur, un Grégoire Colin débutant. Et lui-même, c'est l'image d'un autre garçon dont je suis amoureuse, à l'époque. Une grande ressemblance. C'est une maison, une école, des tristesses, une solitude, une rage.

Et ce quintet, c'est des frissons, des rêves, le tragique de l'existence, une exaltation qui remue, des sanglots, de l'ennui, de l'espoir, un monde fantasmé, des projections. Et ce garçon insupportable et insolemment beau. Des pieds en dedans. De la haine.

Ce quintet, c'est lui c'est elle, cette petite fille bizarre, sa lampe de chevet et son tapis à grosse laine. Son attente interminable. Des départs qui n'arrivent pas.

Ce garçon dans un internat, sa solitude, la femme de son entraîneur, une beauté troublante, le trouble qu'il crée en elle.

Toutes ces images... ses lèvres, des canines de loup et ce quintet...

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21 décembre 2011 3 21 /12 /décembre /2011 20:53

C'est drôle comme tout sentiment porte en soi son contraire. Non ?

Un cliché à la rescousse : la médaille - et son revers.

Je crois que par-dessus les odeurs, les paysages, les calins, l'éphémère, le pain saucé, l'appartement des grands-parents et autres éléments du Paradis perdu, ce qui me manque le plus de l'enfance, ce sont ces sentiments absolus : la joie folle et entière, celle qui fait trépigner, sauter, crier, ouvrir grand les yeux, par exemple. L'impatience qui dévore, compter les jours, les nuits, les repas, les heures, avant de prendre l'avion, ou à l'attente de Noël. L'excitation des grands jours, le bonheur, les nuages et jusqu'à la sensation de l'espace, pleine et entière.

Je nous ("les grandes personnes") sens vieux et aigris. Durs à la détente, durs à la joie, durs à l'attente. A jouir de nos résidus d'espoir ou de petites fenêtre ouvertes au vent. De meurtrières à travers lesquelles on lance un oeil toujours méfiant. Du petit moment de folie où l'on enlève précautionneusement ses chaussures, où l'on s'accorde un peu de sable sous les pieds en prenant bien garde à ne pas mouiller le bas du pantalon.

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19 décembre 2011 1 19 /12 /décembre /2011 21:43

 

No comment !

 

 

Hubert-Félix Thiéfaine, une chanson au hasard (ou presque)

 

accompagnée des paroles (petit texte ci-dessous)

 

 

 

 

 

 

 

 

J'me sens coupable d'avoir assassiné mon double dans le ventre de ma mère et de l'avoir mangé

J'me sens coupable d'avoir attenté à mon entité vitale en ayant tenté de me pendre avec mon cordon ombilical
J'me sens coupable d'avoir offensé et souillé la lumière du jour en essayant de me débarrasser du liquide amniotique qui recouvrait mes yeux la première fois où j'ai voulu voir où j'en étais

J'me sens coupable d'avoir méprisé tous ces petits barbares débiles insensibles, insipides et minables qui couraient en culottes courtes derrière un ballon dans les cours de récréation
Et j'me sens coupable d'avoir continué à les mépriser beaucoup plus tard encore alors qu'ils étaient déjà devenus des banquiers, des juges, des dealers, des épiciers, des fonctionnaires, des proxénètes, des évêques ou des chimpanzés névropathes
J'me sens coupable des lambeaux de leur âme déchirée par la honte et par les ricanements cyniques et confus de mes cellules nerveuses
Je me sens coupable, coupable !

J'me sens coupable d'avoir été dans une vie antérieure l'une de ces charmantes petites créatures que l'on rencontre au fond des bouteilles de mescal et d'en ressentir à tout jamais un sentiment mélancolique de paradis perdu
J'me sens coupable d'être tombé d'un tabouret de bar dans un palace pour vieilles dames déguisées en rock-star, après avoir éclusé sept bouteilles de Dom Pé 67 dans le seul but d'obtenir des notes de frais à déduire de mes impôts
J'me sens coupable d'avoir arrêté de picoler alors qu'il y a des milliers d'envapés qui continuent chaque année à souffrir d'une cirrhose ou d'un cancer du foie ou des conséquences d'accidents provoqués par l'alcool
De même que j'me sens coupable d'avoir arrêté de fumer alors qu'il y a des milliers d'embrumés qui continuent chaque année à souffrir pour les mêmes raisons à décalquer sur les poumons en suivant les pointillés
Et j'me sens aussi coupable d'être tombé de cénobite en anachorète et d'avoir arrêté de partouzer alors qu'il y a des milliers d'obsédés qui continuent chaque année à souffrir d'un claquage de la bite, d'un durillon au clitoris, d'un anthrax max aux roubignolles, d'une overdose de chagatte folle, d'un lent pourrissement scrofuleux du scrotum et du gland, de gono, de blenno, de tréponèmes, de chancres mous, d'HIV ou de salpingite
Je me sens coupable, coupable !

J'me sens coupable d'être né français, de parents français, d'arrière-arrière... etc. grands-parents français, dans un pays où les indigènes pendant l'occupation allemande écrivirent un si grand nombre de lettres de dénonciation que les nazis les plus compétents et les mieux expérimentés en matière de cruauté et de crimes contre l'humanité en furent stupéfaits et même un peu jaloux
J'me sens coupable de pouvoir affirmer qu'aujourd'hui ce genre de pratique de délation typiquement française est toujours en usage et je prends à témoin certains policiers compatissants, certains douaniers écoeurés, certains fonctionnaires de certaines administrations particulièrement troublés et choqués par ce genre de pratique
J'me sens coupable d'imaginer la tête laborieuse de certains de mes voisins, de certains de mes proches, de certaines de mes connaissances, de certains petits vieillards crapuleux, baveux, bavards, envieux et dérisoires, appliqués à écrire consciencieusement ce genre de chef-d'oeuvre de l'anonymat
J'me sens coupable d'avoir une gueule à être dénoncé

Je me sens coupable, coupable !

J'me sens coupable de garder mes lunettes noires de vagabond solitaire alors que la majorité de mes très chers compatriotes ont choisi de remettre leurs vieilles lunettes roses à travers lesquelles on peut voir les pitreries masturbatoires de la sociale en train de chanter c'est la turlutte finale
J'me sens coupable de remettre de jour en jour l'idée de me retirer chez mes Nibelungen intimes et privés, dans la partie la plus sombre de mon inconscient afin de m'y repaître de ma haine contre la race humaine et même contre certaines espèces animales particulièrement sordides, serviles et domestiques que sont les chiens, les chats, les chevaux, les
chè-è-vres, les Tamagochis et les poissons rouges J'me sens coupable de ne pas être mort le 30 septembre 1955, un peu
après 17 heures 40, au volant du spyder Porsche 550 qui percuta le coupé Ford de monsieur Donald Turnupseed
J'me sens coupable d'avoir commencé d'arrêter de respirer alors qu'il y a quelque six milliards de joyeux fêtards crapoteux qui continuent de se battre entre-eux et de s'accrocher à leur triste petite part de néant cafardeux
Je me sens coupable, coupable !

 

 

 

 

 

Tiré de l'album Le Bonheur de la tentation (1998)

 

 

 

 

 

 

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19 décembre 2011 1 19 /12 /décembre /2011 18:41

 

Oh ! un bijou !

un vrai petit bijou que ce petit livre où s'enchaînent des phrases qui fondent dans l'oreille, suaves et délicates, où chaque mot, inattendu, est là à sa place comme si une littérature avait attendu Christian Bobin pour s'inventer.

Une perle de style dont on ne regrette pas la forme courte, car tout y est intense, la langue comme les émotions.

C'est délicat sans être niais, c'est travaillé sans être ampoulé, c'est juste beau.

Deux mots sur l'histoire, peut-être ?

Deux soeurs et leur petit frère sont abandonnés par leurs parents sur une aire d'autoroute. Ils trouveront refuge et amour auprès d'une vieille dame accompagnée d'un vieux chien, mais je n'en dis pas plus, car il faut lire cette histoire étonnante, racontée du point de vue de l'aînée des enfants, Isabelle, à qui on a donné un prénom mais qui a choisi son nom. 

 

 

 

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Christian Bobin, Isabelle Bruges, Le Temps qu'il fait, 1992. Edition poche : Folio.

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19 décembre 2011 1 19 /12 /décembre /2011 18:32

Un bon roman noir efficace, du genre qu'on a du mal à lâcher avant de l'avoir fini.
Même si la première partie, où nous est dressé le tableau-cliché de la vie du héros, installé dans une routine attendue, photographe amateur frustré, avocat de Wall Street, banlieusard, père de famille, mal dans son couple, est un peu longue.

Mais dès lors que, par accident, il commet l'irréparable, voilà que le récit prend son rythme et même une certaine épaisseur psychologique, et qu'on ne peut désormais plus douter d'être complètement embarqué dans la succession de péripéties.

Il me reste à voir le film, maintenant, pour voir.

 

 

 

 

l-homme-qui-voulait-vivre-sa-vie-pocket.jpg

 

 

 

Douglas Kennedy, L'Homme qui voulait vivre sa vie, traduit de l'américain par Bernard Cohen. 1re édition 1997. Belfond, 1998, pour la traduction française. Disponible en poche chez Pocket.

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19 décembre 2011 1 19 /12 /décembre /2011 18:17

Les Villes de la plaine est le nouveau roman de Diane Meur publié chez Sabine Wespieser.

Où deux villes, Syr et Hénab, sont quasiment les héroïnes de l'histoire. Deux villes antiques imaginaires mais qui pourraient très bien avoir existé, puis disparu dans un désert de Jordanie ou de Tunisie. Dont les ruines pourraient aujourd'hui être visitées sous un soleil brûlant et faire rêver collégiens, archéologues et touristes en quête d'un Orient perdu.

Diane Meur fait ici vivre ces cités, aux caractères bien marqués, l'une fermée, riche de croyances et de principes moraux, hiérarchisée et arrogante, construite sur ses Lois ; l'autre, vile, ouverte à tous les rebuts de la première, désordonnée.

Voici résumée la toile de fond vivante et vibrante d'une histoire à la fois politique et psychologique. Un montagnard (mal vu dans la fière Syr), une lessiveuse belle et triste, et un scribe qui outrepasse son rôle de copiste pour tenter de comprendre ce qui se cache entre les lignes de la Loi, se rencontrent, s'attachent, et tentent de survivre à la fin d'une civilisation.

Peut-être un peu pédagogique par passages, le tout se lit avec plaisir.

 

 

 

 

les-villes-de-la-plaine.jpg

 

 

 

 

Diane Meur, Les Villes de la plaine, Sabine Wespieser éditeur, 2011.

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16 novembre 2011 3 16 /11 /novembre /2011 19:11

Aujourd'hui il a fait très beau et il a plu.

Aujourd'hui au Brésil c'était la journée nationale des stomisés (mais ne me demandez pas ce que c'est).

Aujourd'hui les journaux nous ont raconté à quel point c'est mal de tricher avec la Sécu.

Aujourd'hui, Emmanuel Carrère ne m'a pas écrit.

Aujourd'hui j'ai mis mon nouveau pantalon.

Aujourd'hui Garcimore aurait eu 71 ans.

Aujourd'hui paraît-il, c'était la journée nationale de la tolérance.

Aujourd'hui quelqu'un a donné beaucoup de son temps, de sa volonté, de son argent, de ses nerfs et de sa verve pour tenter l'impossible.

Et ça, ça illumine plus qu'une journée.

 

 

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16 novembre 2011 3 16 /11 /novembre /2011 08:12

Ce n'est pas pour rien qu'il y a le mot "roman" dans le titre de cette chose qui est beaucoup plus qu'un roman.

 

Un roman dans un roman, qui s'écrit devant nous.
Un film dans un roman, qui se tourne avec nous.

Un article du Monde dans un roman - pas le moins original - une lettre dans un journal dans un roman, finalement. 

Un journal très intime, aussi. Avec ses secrets de famille, quête des origines, recherche de la vérité, apprentissage d'une langue, collecte de lettres, de souvenirs, de témoignages, d'images - de lieux, jusqu'à Kotelnitch.

Une correspondance, puisque souvent à c'est à un "tu" que s'adresse le narrateur, à Sophie, puis à sa mère (une correspondance crue, sans artefacts).

Des histoires, aussi, d'amour, de vies, avec tous ces personnages qui gravitent dans le mythe, dans l'histoire familiale, dans le présent parisien, russe, rétais.

Un auteur dans un roman, au bord de son roman, nous donnant une belle leçon de littérature, avec cette distance incroyable qu'arrive à mettre un Emmanuel Carrère qui pourtant semble n'en conserver aucune, avec tout ce qu'il se livre, jusqu'au paradoxe, jusqu'à l'autocritique, jusqu'au plus complexe d'un être incroyablement humain, méchant parfois, névrosé qui se soigne, se décortique, se juge avec une lucidité stupéfiante. 

Une belle claque pour conclure, car il y a tout dans cet ouvrage, dans cette fabrique de l'ouvrage...

 

 

 

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Un roman russe d'Emmanuel Carrère, P.O.L., 2007 puis Folio, 2009.

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