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25 février 2010 4 25 /02 /février /2010 15:32
Tout commence dans un rayon dépeuplé de supermarché : un morceau de jarret sous cellophane, et la promesse qu'il porte en lui, et l'envie qu'il communique.
Quelques heures plus tard l'odeur flotte, là, humide, dans la maison sur cale où il est difficile de garder confidentiel le fumet d'un plat sur le feu.
Mais ce n'est pas un mal, c'est un bien. C'est plein les narines l'enfance, la grand-mère trop âgée, trop fragile pour passer des heures aux fourneaux, mais qui valide, conseille et distille ses conseils rares et précieux comme le safran. Qu'il ne faut pas verser, bêtement, sur la viande et les herbes, mais qu'il faut écraser d'abord au-dessus de la viande, dans une cuillerée d'eau chaude, pour mieux lui faire exhaler ses pouvoirs.
C'est en deux, trois minutes, que tout se joue. La mise en marmite de la viande. L'huile est chaude, et moi je bous, je stresse, j'ai à peine le temps, et tout se joue. Passé ces instants capitaux, il n'y a plus qu'à s'occuper, sans trop s'éloigner. Et la magie a lieu. L'odeur, la vraie, l'authentique, celle qu'on reconnaît ou ne reconnaît pas, j'ai de la chance, je l'ai toujours reconnue. Pour moi on est en chance et en magie, il n'y a pas plus d'explication. A travers les années, ma mère, le téléphone pour la recette, en quelques mots, le détroit et l'Espagne, et le Pays basque et les Landes, et l'adolescence et la vie étudiante, voilà l'odeur qui sort de mon vieux faitout.
La recette a été transmise, de ma grand-mère à sa belle-fille, ma mère, puis de celle-ci à moi, parfois en transitant par une de mes soeurs, sans aucune indication chiffrée. De balance, pas besoin. Combien ? "Du". "De la". "Un peu". "Pas trop". "Tu vois". L'indéfini le plus imprécis, mais on s'en contente, il faut faire confiance à la magie, laisser le bout des doigts suivre son instinct quand il pince dans le pot de paprika ou de gingembre ou de cumin. Quand il pioche dans la touffe de persil ou de coriandre. Il faut laisser faire la transmission.
Et ne pas oublier le pain.
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24 février 2010 3 24 /02 /février /2010 16:08

Je me suis délectée il y a quelques mois à la lecture de l’Encyclopédie capricieuse du tout et du rien de Charles Dantzig. Il s’agit d’un « tour du monde et de la vie en 800 pages de listes ».


J’ai envie de mettre mes petits pieds dans les grandes chaussures de l’écrivain et de marcher dans ses pas. J’ai envie d’y jouer.


Liste non exhaustive des choses qui me hérissent le poil


- Les pubs à la radio, surtout celles qui reprennent des chansons trop connues, en changent les paroles et restent gravées dans la tête pendant un temps long, très long, après.

- Les vieux au volant, qui ne savent pas (plus ?) conduire, qui sont sourds et entêtés, et qui pensent que les jeunes ne savent pas conduire – « depuis quand vous avez votre permis ???? » - une mamie outrée m'a demandé ça, un jour, alors qu'elle déboitait sous mon nez sans clignotant.

- Attendre que l’eau des pâtes boue quand j’ai faim.

- Confondre toujours les mêmes mots, les mêmes personnes.

- La disparition systématique de mes briquets, qui ne sont jamais là quand j’en ai besoin.

- Qu’on puisse trouver belle, qu’on trouve belle Carla Bruni.

- Quand toute la tablée a passé sa commande au serveur, que celui-ci se tourne vers moi, et que dans la carte, deux plats depuis une demi-heure me tentent de façon strictement égale.
-
Ces gens qui font faire du vélo à leurs enfants dans la rue sans casque. Et cette envie qui me pousse alors de leur faire la morale (je ne l’ai jamais fait).

- Le mot « jubilatoire ».

- Ces gens qui ne se présentent pas en faisant la bise, même quand on le fait, nous.

- Les gouttes de pluie sur les lunettes.

- Un manuscrit truffé de « … » et de « ! »

- Un roman truffé de phrases nominales courtes. Qui ne font parfois qu’un mot.

- Une méduse dans la mer. C’est donc qu’il y en a.

- La lenteur du tramway bordelais.

- La lenteur du TGV. Ou plutôt celle du temps, quand on s’y trouve.

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24 février 2010 3 24 /02 /février /2010 15:57

Ca a été pour moi une délivrance de prononcer pour la première fois et à haute et intelligible voix la phrase : « Je n’aime pas Barry White ».

Tout le monde aime Barry White. Tout le monde a écouté, chanté, dansé sur Barry White. Barry White, c’est universel, incritiquable, intouchable, le classique par excellence, accessible, entraînant, une musique pour films, pour séries, pour piste de danse, pour soirée, pour journée, seul, pour amoureux, pour amis…

Mais pour moi, Barry White, c’est trop « Barry White ». Ce n’est pas par souci de me distinguer, ou pour le plaisir d’être anti-consensuelle, que je n’aime pas Barry White. Non. Ce n’est pas sa voix que je n’aime pas. Ni l’homme. Ni le rythme. Je n’ai rien contre les paroles non plus.

En réalité je ne sais pas pourquoi je n’aime pas Barry White.

Je ne déteste pas, non plus. C’est juste que je n’aime pas Barry White. C'est tout.

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24 février 2010 3 24 /02 /février /2010 10:57

Chaouen est une ville bleue comme un rêve.

Il faut le voir pour le croire. C’est une ville-artiste, qui pose du bleu partout, de manière méthodique, frénétique, poétique, organisée, désorganisée, absurde, splendide. Du bleu-blanc, du bleu-vert, du bleu-jaune, du bleu pâle, du bleu turquoise, du bleu outremer, du bleu pétrole, du bleu pétant, du bleu sale, du bleu propre, du bleu-dédale à se noyer dedans, du bleu joyeux et enivrant, du bleu reposant – du bleu sur les portes, du bleu sur les murs, du bleu au sol, sur le carrelage, des petits carreaux de bleu, de larges coups de pinceaux de bleu, de la chaux baignée de bleu, avec le bleu du ciel posé tout au-dessus.

On est dans une cuvette entre de petites montagnes, l’air est sec, la mer est loin – c’est la méditerranée qui est le plus près, mais la route est serpentine et peu commode. Le haschisch y trouve sa terre de prédilection, les étrangères aussi, qui se marient sur place et ne veulent plus repartir, paraît-il. La famille entière d’une jeune Japonaise a fait le déplacement en délégation pour tenter de la ramener à la raison, mais elle nage dans le bleu, elle a trouvé son lieu, vous ne pouvez pas comprendre.

Les touristes y sont encore rares, et les habitants ou visiteurs qu’on croise au détour d’un mur bleu sont comme dilués dans une tranquillité qu’on ne ressent qu’ici. Est-ce la magie de la couleur qui opère ? Le temps en est imprégné. Un temps bleu, dirait-on.

Je joins une photo, fade tentative en 2D de reproduction d’une ville-couleur qui se vit dans ses quatre dimensions. Car il faut s’y perdre pour le croire.


IMG_1975.jpg

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24 février 2010 3 24 /02 /février /2010 10:29
En Angleterre un entrepreneur a créé une société de test de fidélité.
Le client typique est une femme, qui engage une « tentatrice », modèle quelconque et figé de la femme fatale, au sourire avenant et à forte poitrine, censée éprouver la résistance du mari – lequel est forcément déjà soupçonné de légèreté ou d’infidélités passées. Le service dure une demi-heure, dans un bar : une rencontre avec la tentatrice statuera : l’homme est fidèle ou pas – potentiellement infidèle ou pas –, selon qu’il cèdera à la tentation ou pas, tout cela moyennant 500 euros.

Apparemment, ça marche, cette boîte !
Tout ceci est à plusieurs égards symptomatique de choses étranges.
On se demande, d’abord, pourquoi la femme ne pose tout simplement pas la question à son mari : est-ce que tu me trompes ? Mais il semble que ce métier soit fructueux parce que le marché est étendu des couples où une bonne « conversation entre quat’z’yeux » ne règle rien, où la vérité n'est pas un ingrédient de la communication conjugale.

Or voilà, la femme est plus exigeante. Elle ne cherche pas seulement à savoir si son mari la trompe, mais si son mari POURRAIT la tromper. C’est là qu’elle révèle sa bêtise : OUI son mari POURRAIT la tromper. Tous les maris pourraient tromper leur femme, comme toutes les femmes pourraient tromper leur mari. S’il résiste à la tentation créée par une femme ce soir, cela ne veut en aucun cas dire qu’il résisterait à toutes les tentations créées par n’importe quelle autre femme tous les autres soirs de sa vie. Elle aura donc payé pour rien, dans le cas où le test est négatif : si elle est soulagée sur le moment, ses doutes reviendront aussi vite qu’ils sont partis. Elle peut même se dire que si l’homme n’a pas craqué, c’est peut-être par fidélité… vis-à-vis de sa maîtresse !

On se demande alors si son véritable désir n’est pas qu’il cède, justement. Par procuration, parce qu’elle est dans l’incapacité d’avoir une relation extra-conjugale ? Par procuration, parce qu’elle rêverait d’avoir une relation avec une telle tentatrice ? Parce qu’elle veut qu’il la trompe et qu’elle ait payé pour qu’il le fasse ? Parce qu’elle veut qu’il le fasse et qu’elle veut le savoir, le voir même, puisque la tentatrice s’encombre de tout un matériel d’enquête : enregistreur, caméra…
 Elle cherche donc à satisfaire une curiosité perverse et malsaine qui porte en elle le désir de la faute. Il se pourrait que l’homme n’ait jamais été abordé par une femme, n’ait jamais cru qu’il pourrait s’offrir le luxe d’être courtisé, et voilà que son épouse paye pour que son mari ait l’occasion d’être dragué, d’être dans une situation de désir explicite et réciproque. Pour satisfaire un désir et sous couvert de soulager ses doutes, elle crée une situation explosive dont elle est commanditaire et spectatrice.

Cette information est passée à la télévision à une émission grand public, à une heure de grande écoute. Espérons qu’elle ne transformera pas toutes les épouses ou compagnes tévéphages en voyeuses masochistes et paranoïaques…
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23 février 2010 2 23 /02 /février /2010 13:05
Cela faisait quelques mois maintenant qu'une bloggeuse active et amie m'encourageait à me lancer dans l'aventure du blog. Comme un jeu, comme une drogue, c'est ce qu'elle m'a transmis du procédé. Avec l'excitation de "est-ce que j'ai un comm'????" [un commentaire], une excitation qui a quelque chose de celle de l'enfant le matin du 25 décembre.
Et moi je disais non, ce n'est vraiment pas mon genre, j'ai un problème avec la publication, le fait de rendre public. (pour une éditrice, vous me direz, c'est le comble, ou peut-être justement, publier les autres, c'est reconnaître leur talent ; me publier moi, c'est quoi ?) Ecrire pour moi, oui, dans le plus grand secret, sous la plus grande censure, la mienne, oui, mais pas écrire pour être lue. Je ne peux pas. Concrètement, je peux, tout le monde peut, c'est facile, c'est gratuit, c'est rapide, pas compliqué. Mais moralement, c'est une autre affaire.
J'ai décidé de lever cette censure et d'ouvrir un "salon de discussions". D'inviter à la fête. Je commence prudemment. Je n'invite que mes proches, pour l'instant. Mais j'espère qu'ils viendront. Qu'ils boiront, qu'ils danseront. Qu'ils apprécieront. C'est ce côté-là, je crois, qui me tente, que je recherche. C'est créer du lien avec eux, encore plus, leur écrire dans l'envie de les lire. Alors écrivez-moi, mettez des comm', fréquentons-nous. Laissez-moi des cadeaux sous le sapin, tous les jours, oui !





Cette amie, c'est Brigitte. Son blog, c'est Paradis bancal et je vous invite chaudement à le visiter.
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23 février 2010 2 23 /02 /février /2010 11:16
« En espagnol, añoranza [nostalgie] vient du catalan enyorar, dérivé, lui, du mot latin ignorare (ignorer). Sous cet éclairage étymologique, la nostalgie apparaît comme la souffrance de l’ignorance ».
(Milan Kundera)
La nostalgie comme ignorance de cet "entretemps", la nostalgie comme ignorance de "d'où-je-viens", la nostalgie comme ignorance de qui-je-suis, dans cet entre-temps, dans cet entre-deux.
S'il y avait certitude, il n'y aurait pas souffrance, en effet, pas de Sodade. "Petit pays, je t'aime beaucoup", je t'aime parce que je t'ai quitté, parce que je ne te (re)connais plus, parce que tu ne me (re)connais plus. Je t'aime dans cette béance entre toi et moi, dans cette absence, dans cette faille qui prend pour certains la forme d'un détroit. Quelques kilomètres suffisent, quelques années, et la mer qui opérera la dilution.
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23 février 2010 2 23 /02 /février /2010 10:50
Russel Banks : un auteur incontournable de notre époque, publié chez Actes Sud, qui s'impose comme une figure majeure du roman - il est président du Parlement international des écrivains et membre de l'American Academy of Arts and Letters, il est traduit dans une vingtaine de langues...
Je découvre enfin l'écrivain, avec ce titre, La Réserve.
Oui, c'est vrai, on se laisse prendre à l'histoire qui peut au début apparaître comme une banale passion légère dans la haute société américaine des années 30, et puis qui prend sa consistance au fil des pages, avec une tonalité qui s'assombrit, avec des motifs un peu moins roses comme le secret de famille, la névrose qui en découle - ou la psychose ? la question reste ouverte -, avec la résistance à Franco en arrière-plan et la montée du nazisme, avec un cadavre embarrassant, avec des personnages qui gagnent en complexité, donc en vérité.
C'est maîtrisé, c'est efficace.
reserve.jpg
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23 février 2010 2 23 /02 /février /2010 10:41
lormontPoste.jpg
Hier soir en sortant de ma séance de kiné, à Lormont, voici ce que je vois !
C'est dans le journal Sud Ouest d'aujourd'hui : on a tenté de voler l'argent du distributeur de billets de la Poste à l'aide d'une pelleteuse dérobée je ne sais où.
Une méthode discrète et efficace... en tout cas originale, et si les billets n'ont pas bougé de place, le mur si, un peu.

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22 février 2010 1 22 /02 /février /2010 14:00

Qu’est-ce qui nous définit, en tant que personne, quand on atteint l’âge dit de raison, qu’on est plus « le fils … » ou « la fille … », qu’on n’est plus … en préparation, étudiant en ceci ou en cela, qu’on attend de nous (et de nous-mêmes) d’être défini, d’être quelqu’un ou quelque chose ?

Untel est un avocat brillant de la place bordelaise. On est défini par son métier, par son talent, par son inscription géographique. On est encore parfois le fils ou la fille de, la femme ou le mari de, on est aussi souvent défini – ou on voit son identité complétée – par la filiation. L’heureux papa d’un petit …, ou la mère d’un certain nombre d’enfants.

Et quand on est au chômage, qu’on n’est là que depuis peu et qu’on peut être amené à quitter la ville, qu’on n’a pas d’enfant, qu’on n’est même pas marié, et que par-dessus le marché on n’a aucun talent particulier à afficher, on est qui ? qu’on n’a pas écrit de livre, qu’on n’est pas un pianiste brillant, qu’on ne peut pas se vanter que les cris d’un bébé nous empêchent de faire des nuits complètes, qu’on s’est juste posé quelque part…. Alors on n’est personne ? on a décidé à un moment donné – qui est passé – qu’on n’était plus en construction, comme une vitrine ou un site internet, parce qu’on a terminé ses études et qu’on ne prépare ni une thèse ni un concert… Alors on n’est déjà plus ? on n’est pas mort pourtant, on est vivant et on espère, on cherche, on se bat, on passe des entretiens dont l’issue s’efforce de nous faire croire qu’il y a toujours mieux que nous, on n’abandonne pas parce qu’on sait qu’il y aura un travail – mais alors ce travail nous définira ? on n’est soi-même pas capable de le définir, ce travail, parce qu’on est réaliste et qu’on sait qu’il faudra s’adapter à ce qui est possible, qu’on sait que personne ne créera le poste pour lequel nous et nous seuls somme faits.

Qui on est quand on est « en demande », « en recherche », pour satisfaire aux exigence euphémistiques de notre société pudique ? qui on est quand on est encore jeune, trop jeune, peut-être, pour légitimer une expérience, mais bientôt trop vieux pour pouvoir exploiter cette expérience qu’on n’a pas acquise, parce qu’on était trop jeune pour l’obtenir ?

Qui je suis quand je vois cette jeune pianiste prodige, à côté de qui je suis un dinosaure, que je vois ce chef d’entreprise, que je suis trop jeune pour intéresser, qui je suis moi qui aimerais savoir écrire, éblouir sur les planches, gagner tournoi sur tournoi la raquette au fusil ? qui je suis moi qui m’efforce à croire que je suis moi, avec ma sensibilité, avec ce que j’ai dans la tête, dans le cœur, avec ce que j’ai à donner, avec ce que j’ai à apprendre, moi qui m’efforce à continuer de croire que l’identité n’est pas une place dans la société, mais qui malgré moi suis inscrite dans toutes sortes de réseaux sociaux entre mes anciens camarades de classe ou de fac qui sont « marketeur », « professeur agrégé », « responsable éditorial »…

Qui je suis moi qui voudrais bien choisir de vivre en province, où je suis, pour pouvoir emmener mon chien le dimanche au bord de la mer quand j’ai envie d’une douzaine d’huîtres avec son petit blanc ?

Qui je suis moi qui n’ai à afficher que des rêves, des désirs, mais qui ai passé l’âge de dire « quand je serai grande, je serai…. »

Je voudrais qu’on me dise, qui je suis, moi, pour moi, quand il pleut, qu’il fait gris, que le temps se fraie un chemin dans un silence épais, moi la veilleuse de jour, qui n’a rien perdu encore, rien gagné non plus, à part des années – quelques-unes maintenant, dans cette tranche « de raison » – que j’ai gagnées ? que j’ai perdues ?

 

PS : je ne voudrais pas ajouter à ces questions celles, nombreuses, que nous imposent les démarches d’un renouvellement de carte d’identité. Ce serait bien trop simple que sur un papier imprimé, plastifié et légalisé la question de l’identité trouve sa résolution dans les délais prévus par la toute-puissante Administration.

Déjà, il faut savoir que la continuité d’une identité ne va pas de soi. Ce n’est pas parce qu’on a déjà une carte, qu’on la renouvelle de façon automatique. Non, une fois qu’elle est périmée, elle remet tout en question. Comme si, 10 ans après le jour où j’ai eu la précédente – date à laquelle j’étais née le 7 juin 1981 – cette information était susceptible d’avoir été modifiée entretemps. Comme si, un jour au cours de ces dix années, tout d’un coup, alors je suis née un 11 avril 1979. Ou bien j’étais une fille, je ne le suis plus – c’est vrai, c’est possible. Ou bien j’avais les yeux marrons, ils sont bleus, maintenant. Non, bien sûr, ce n’est pas ce qui fait peur à Mme l’Administration qui s’en fout que je sois gémeaux ou bélier. Elle a plutôt peur que j’aie usurpé le privilège de ma glorieuse  nationalité Française, et elle veut s’assurer que la même Administration n’a pas, dix ans plutôt, été trop nonchalante en me la donnant généreusement alors même que je la méritais pas.

Je ne sais quel document historique je vais devoir fournir, après l’avoir déniché grâce à des fouilles archéologiques dans les ruines d’un bâtiment de l’état-civil de Constantine, Algérie, ou de Tétouan, Maroc, où ont été enregistrés un jour mes arrière-grand-pères. Mais je le trouverai, et je le fournirai, car sans cette fichue carte, je ne suis rien, et que je n’ai pas besoin de ça, en plus, comme obstacle pour accéder à la vérité de qui je suis, moi.

 

 

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