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17 janvier 2013 4 17 /01 /janvier /2013 18:00

Kaflasurlerivage.jpg

 

Entrer dans Kafka sur le rivage, c'est entrer dans la puissance de l'imaginaire, dans les méandres de l'inconscient, dans les délices de la fiction, c'est plonger avec un enthousiasme rare dans un univers aussi prenant que séduisant intellectuellement.

On ose parler d'un des plus grands romans du XXe siècle. Vous savez, de ces pavés légers, que vous dévorez en quelques traits - et puis quand vous arrivez dans la dernière centaine de pages, vous avez envie de faire traîner votre lecture, pour ne pas en finir. 

Le jeune narrateur vit à Tokyo, dans l'arrondissement de Nakano, seul avec son père car sa mère les a quittés quand il avait 4 ans, emmenant sa soeur avec elle. Le jour de ses quinze ans, il fugue. Le hasard (mais peut-on parler de hasard, dans ce roman où tout semble régi par des forces mystérieuses ?) le conduit sur une île, dans le Shikoku. Il n'emporte avec lui que quelques affaires, beaucoup de courage, et le poids de la "prédiction", sorte de fatalité oedipienne prononcée un jour par son père, et dont il tentera de s'affranchir, tout en sachant bien, du haut de ses quinze ans, que la distance ne peut résoudre tous les problèmes. 

Lecture, sport, emplissent ces journées de liberté, dans un rythme qu'il se plaît à maîtriser, dans une régularité où il semble trouver son équilibre.
Mais un jour, il perd connaissance, et se réveille dans un parc, ensanglanté. N'ayant aucune mémoire des quelques heures qui viennent de s'écouler, il comprend, en voyant qu'il n'est blessé nulle part, que ce sang ne peut être le sien - et que sans doute c'est un sang qu'il a fait couler.

Aurait-il commis un crime ?

... D'autant qu'il apprendra que son père s'est fait assassiner.

Toujours est-il qu'il doit encore plus à présent éviter les forces de l'ordre, ne pas se faire remarquer.

Il trouve refuge chez Sakura, une jeune fille rencontrée dans le car.

Une jeune fille qui a l'âge d'être cette soeur qu'il n'a connu que très jeune.

Et une jeune fille qui le fait dormir dans son lit, envers qui il éprouvera un désir bien naturel.

Il s'enfuit, donc, loin de la tentation de la chair avec celle qui pourrait être sa parente.  Et trouve refuge cette fois, pour un certain temps, dans une bibliothèque privée, particulièrement accueillante, où officient le jeune Oshima et la directrice, Mlle Saeki, belle femme cinquantenaire élégante et un peu mystérieuse.... Femme qui aurait l'âge d'être sa mère. Et vers qui il a l'impression que son destin l'a conduit, irrémédiablement. Il construira, en même temps qu'un amour profond envers cette femme, une hypothèse que rien ne vient contrer : cette femme serait sa mère.

Le rêve, l'étrange, le désir et le réel se mélangent. Voici le jeune Kafka (c'est le pseudonyme qu'il s'est choisi pour sa nouvelle vie de fugueur) potentiellement assassin de son père, amant de sa mère, violeur de sa soeur. Telles étaient précisément les trois volets de la prédiction prononcée par son père.

Jusqu'où faudra-t-il fuir encore pour échapper à ce destin ? Au fin fond d'une forêt ? A la lisière de la mort ? de la folie ?

En parallèle de ce récit, on découvre également au fil des chapitres l’histoire de Nakata. Nakata est un vieil home qui, après un accident étrange, a perdu la plupart de ses facultés intellectuelles. Il vit d'une pension pour handicapés, et de son don de parler avec les chats qui lui permet de retrouver les compagnons à quatre pattes quand ils se sont un peu trop éloignés de leur famille d'accueil. Nakata ne réfléchit pas, ne s’ennuie jamais, mais obéit à un instinct, des forces obscures, qui feront de lui le sujet de scènes plus extraordinaires les unes que les autres, et le conduiront dans un périple de Tokyo à Shikoku – sur les traces de Kafka, sans le savoir… jusqu’à cette mystérieuse et accueillante bibliothèque privée.

Non, rassurez-vous, nous n’avons pas tout dévoilé de ce roman incroyablement rythmé qui, aussi grave qu’ils puisse être dans certains passage, n’en flirte pas moins avec le loufoque, le fantastique, et réserve à son lecteur quantité de surprises. 

A vous de les découvrir, dans cette élégante version poche, de la collection 10 18 qui a fait peau neuve récemment. Vous nous expliquerez, tiens, pourquoi ce choix, en couverture, d’une tête de chat sous une pluie de petits poissons.

10/18, 638 pages, 9,60 euros.

Traduit du japonais par Corinne Atlan.

 

 

 

 

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2 septembre 2012 7 02 /09 /septembre /2012 20:12

Je suis une chose bizarre, un entre-là - las - de paradoxes.
Je n'ai pas d'âge. Des peurs de toute petite fille, des embarras parfois, et cette façon d'être revenue de tant, de vieillarde.
Des fulgurances de désirs, s'accrocher à ça, lever la tête de ce mur qu'est le temps aujourd'hui, gris et uniforme, une lumière qui ne bouge pas, la même à 14h et à 20.

Les gens vivent autour. Construisent des bébés, des maisons, des unions des désunions.

Et moi je suis cette chose bizarre, androgyne, des angoisses comme des haussements d'épaule, une hystérie, une atonie.

Immobile avec ses envies de grands voyages. De soupes phô, d'enchiladas, de poulet yassa.

Et son verre, ici, de bicarbonate de soude.
Percer la nausée. Adoucir les odeurs. Vider la poubelle et balayer les poils, les traces de mouvement.

Des passés conditionnels. Des futurs antérieurs. Et un présent qui file, sur le fil, qui n'a pas de couleur, pas même de vent. Il est 20h28. Dimanche. Septembre est commencé. L'été s'en est allé. Sans émotions il est passé, à peine quelques crevées de chaleur pour raviver la sensibilité. De l'eau salée furtive, comme dans la chanson de Gainsbourg, fschuit, je prends la fuite.

Les tictacs bercent, rassurent. Oui, il y a le temps qui passe et son rythme est immuable.
C'est pourquoi j'aime aussi entendre mon chien ronfler.

Revenir dans cette sensation du temps, sauter hors de cette sphère de la pensée, plonger dans la vie, dans les gens, avec, parmi, dedans. Regagner des galons de naturel. Traverser la barrière de verre, ce miroir sans tain sans teint et sans temps.

 

Oui, Muse, Muse, Muse. Live.

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22 juillet 2012 7 22 /07 /juillet /2012 22:35

Le frère et la sœur, no comment et chair de poule !

 

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18 juillet 2012 3 18 /07 /juillet /2012 22:43

7e étage. Celui en ardoise. C'est là que Pablo a grandi, au coeur du Quartier latin. En face, de l'autre côté de la rue, un immeuble plus récent offre, en façade, six chambres multipliées par 7 autres étages. Dans chacune, une jeune fille. Elles ont 18, 20 ans. Elles passent par ce foyer une ou deux années, le temps de commencer leurs études.

Enfant, il jouait sur le balcon et amusait les jeunes filles, qui lui faisaient des signes, sans doute attendries par ce petit garçon solitaire et coquin.

A l'adolescence, il a dû observer ces fenêtres, caché dans la pénombre, fasciné par cette maturité, curieux de tant de féminin.

Puis il a échangé avec certaines, sympathisé. Voisin sociable, je l'ai croisé un jour sur le trottoir. C'est devenu un bon camarade, un voisin affable, petite lumière rougeoyante quand il fumait accroupi sous sa fenêtre. On fumait ensemble, en quelque sorte.
Il a eu des amourettes, aussi. Vous savez, de celles qui pétillent au début, qui dégringolent de leurs sept étages quand une autre fille prend la place : le rideau se tire, tiens, cela veut tout dire... Elles ont eu mal, ces étudiantes, après. Puis elles ont quitté le foyer et d'autres les ont remplacées. Il y a une date limite, on ne reste jamais trop longtemps dans ces murs.

J'en suis partie et l'ai croisé encore dans une ou l'autre rue du cinquième arrondissement. Puis je suis partie plus loin encore. 

Que deviens-tu Pablo ? Elles doivent te paraître bien jeunes à présent tes voisines. Tu as grandi et, à ton tour, sans doute portes-tu sur ces fenêtres, ces vies dans ces carrés de lumière, un regard amusé ou attendri. Ces toutes jeunes filles. Ces filles à l'éternelle jeunesse. 

 

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10 juillet 2012 2 10 /07 /juillet /2012 22:24

 

... est le sous-titre d'un essai récemment paru aux Editions Armand Colin, écrit par le journaliste Jean-Pierre LLedo.

Un texte documenté, argumenté, construit... Le pessimisme se fait réalisme, sur l'horreur absolue, en marche, d'un islamisme totalitaire et violent, appelé à régner dans les pays arabes - tous ? - ? - et ailleurs sur l'ensemble de la planète - pendant quelques siècles.

C'est documenté et argumenté, vous dis-je, il n'y a qu'à lire cet ouvrage pour connaître la série d'éléments puisés dans l'histoire et le fait divers, jusqu'au plus contemporain, étayant la thèse de ce journaliste vidéaste franco-algérien aux origines juives algériennes françaises et espagnoles : les révolutions démocratiques dans les pays arabes, c'est un oxymore, une farce - et pour longtemps encore.

 

 

 

 

 

LLEDO.jpg

 

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10 juillet 2012 2 10 /07 /juillet /2012 22:14

Tout s'est fait puis se défait. Tout est à refaire. A parfaire.

Les liens se tissent et se raturent, puis se refont, autres, suivant la loi d'affinités nouvelles, des chemins singuliers. Une alchimie qui ne se décide pas à l'avance. C'est ainsi que les secrets se répandent, au gré de la rumeur qui court comme une rivière enterrée. Il y en avait une, paraît-il, dans mon quartier, près du parc Montsouris - sous le parc Montsouris. Ici c'est une eau bourde, sourde, qui affleure par endroits. Les désirs mûrissent, pourrissent.Les codes changent, comment donc ouvrir la barrière. On n'entre plus. On s'éloigne. On revient. Les idées tournent, se mordent la queue puis fusent en de nouveaux feux d'artifice. Les vins coulent comme le temps, qui apaise, ou exacerbe, comme le vin. C'est un tourbillon qui prend qui fragilise qui encourage - un va-et-vient désordonné, tournent les sens, et la musique parfois s'arrête. Tiens, il manque une chaise. La vitre est cassée. Bonjour, bienvenue. 

Seules les odeurs sont tenaces, celle d'un couloir, celle d'un jardin, d'une saison qui revient toujours.

 

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22 juin 2012 5 22 /06 /juin /2012 22:38

Le nom du groupe est déjà une belle promesse.

Si de nombreux morceaux de ce trio grenoblois sont assez déjantés, celui-ci a une facture plutôt classique et il est de toute beauté.
Le clip a tout pour lui : l'océan et l'absurde.
J'adore.

 

 

 

 

 


 
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13 juin 2012 3 13 /06 /juin /2012 21:30

L'année du bac, j'adorais ça, les probabilités, leur aspect anti-mathématique, alors même que c'en était, disaient-ils.

 Le hasard. Etudier cette pâte molle, l'attraper la condenser entre les mains pour le faire rentrer dans un tube.

Mais ça déborde entre les phalanges, sur les poignets !

Combien de chances pour que, et si je fais ci, et s'il arrive ça.
Et quelle probablilité que. Et deux fois de suite ? Alors ? et la tartine, à l'endroit ? ou à l'envers ? Il m'aime un peu beaucoup ou pas du tout ? et si le vent soufflait ? et si le vin coulait ? et si Perrette, avec son lait, tournait ?
Un coup de dés, n'est-ce pas, et les distances abolies, foi de cachet de la poste.

Ma voiture est garée là. Les statistiques sont formelles. Et pourtant voilà que.

Même qu'elle a été déplacée, sa voiture. Comment imaginer ? mais les routiers sont sympa, la fourrière aussi, il suffit de regarder autour, elle est juste ailleurs, un peu plus loin. C'est à cause de la fête, au Palais.

Mais revenons-en à notre mouton noir. Combien pour cent ? pour mille ? tu me fais un prix, allez, faut toujours négocier avec les chiffres, et jouer, jongler, la tête en bas la boule rouge en haut.

J'ai 14 ans, tu multiplies pas deux (ah bon ? pourquoi ?), et trois sept moins deux neuf et je retiens trois.
J'te r'tiens, t(r)oi.




 

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30 mai 2012 3 30 /05 /mai /2012 23:11

Tiens tiens, paraît (c'est overblog himself qui me l'a dit) que si je viens pas sur mon blog pendant un certain temps, des pubs investissent l'espace laissé vacant par ma plume en mal d'inspiration. 

A défaut, je pousse une grande expiration. J'ouvre les fenêtres et je fais circuler l'air.
La pub, tiens, comme une mauvaise herbe ou une toile d'araignée. Ça me va comme image.
Ben non, me rev'la avec un plumeau en guise de cerveau, un chiffon pour tout fil narratif et une peau de chamois pour tout personnage.

Ouste, la poussière les acariens. Et stop la pub. 

(enfin, sur ma boîte aux lettres, cette injonction n'est pas efficace. Et puis sur mon téléphone fixe, mon téléphone portable ? comment que j'fais, hein ?????)

 

Et on m'y r'prendra plus.

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6 avril 2012 5 06 /04 /avril /2012 19:55

L'année zéro, c'est celle juste après les bombes et la fin de la Deuxième Guerre.

On est à Tokyo, parmi les cendres, les maisons sans toits, les familles orphelines, les chiens sans maîtres.

La puanteur est accablante, comme la chaleur.

Et au milieu de la mort, c'est encore la mort : la police de la ville est chargée de découvrir qui sont ces cadavres de jeunes filles, qui les a violées et tuées.
L'inspecteur Minami a la tête basse, il est harcelé par la vermine, humilié par la capitulation, écrasé par la culpabilité, la honte de la corruption - mais il faut survivre avec la faim au ventre, les nerfs à vif...

Comment enquêter quand on n'a aucun moyen. Quand aucune autorité ne répond plus de rien. Quand les rues détruites sentent l'abricot pourri. Quand on ne peut fermer l'œil la nuit.

David Peace nous plonge dans ce roman noir comme dans une longue chanson lancinante, redondante, infernale. C'est très fort.

 

 

 

Peace

 

 

David Peace, Tokyo année zéro. Rivages, janvier 2008 puis en poche, septembre 2010. Traduit de l'anglais par Daniel Lemoine.

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