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3 avril 2011 7 03 /04 /avril /2011 13:47

Certaines choses sont à toucher des yeux, du coeur, de l'âme. Y mettre les doigts, c'est les mettre en danger.

Pourtant du coin de l'oeil je guette si le vigile est là. J'attends qu'il tourne le dos, car j'ai envie de sentir sous mes doigts ce marbre blanc, l'épaisseur de l'huile séchée, la douceur riante du papillon, le goût de ses lèvres, huile d'argan ou savon d'alep.

Je sais bien que c'est interdit. Que même si j'y arrive, en douce, c'est mal. Au-delà de toute morale, je touche à l'entièreté de la chose, à sa beauté, à son essence.

Je n'aime pas le mot coquelicot, j'avais juré de ne jamais l'écrire, trop gluant, trop banal, trop bavard ou mièvre. Pourtant c'est la seule fleur que je connaisse dont la beauté est si fragile. Et ici elle est un bon exemple.

Papillon, aussi, c'est un peu gnan-gnan.

Comme "amour". Galvaudé.

Et pourtant, je ne vais pas m'étendre sur la Joconde.

L'absolu est si exigeant et frêle. Il ne peut vivre que dans des conditions extrêmement protégées. Que très haut au-dessus de nos doigts, nos microbes, nos besoins trop humains.

 

 

Parce que si tu touches, tu casses, et si tu casses, tu paies, et t'as peut-être même pas les moyens.

 

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31 mars 2011 4 31 /03 /mars /2011 18:28

une ruine.

la maison a perdu ses rideaux et même ses volets. des pierres sont tombées. des fenêtres sont ouvertes sur le jour, ouvertes du dehors, du dedans, comme les herbes qui partent de l'intérieur.

comme des bouches cassées, des ventres crevés

des cris qu'on n'entend plus, ou des fantômes, disent les vieilles de la rue édentée.

avec leur bouche ridée

leurs yeux déformés

même les rats sont partis

il n'y a plus

qu'un passé

un infini, quand on repart dans l'autre sens

mais on ne peut pas

on peut tout juste deviner

cligner des yeux

imaginer

tenter de recoller ces poutres craquées - noircies - affaiblies

leur redessiner un semblant de perspective, de cette horizontalité oubliée

petite maison

petit séjour

petites chambres en haut

pour ceux qui se sont plus

sont partis

remplacés par un lierre fou

des cocons d'araignées

des cachettes pour les chauve-souris

Souris

Essaie de sourire

devant ces trous géants béants désordonnés

dans ton ventre

dans ton coeur

devant tes yeux gonflés de larmes

sous la pluie et la nuit qui tombent

tombent aussi tes épaules

tristes

 

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31 mars 2011 4 31 /03 /mars /2011 08:00

Cathiecris nous demande cette quinzaine d'écrire une lettre d'amour inter-cosmique venue de Mars ou de Vénus en respectant l'ordre suivant :

 
    Première partie : les mots de la colère
    Deuxième partie : les mots de tristesse ou de peine 
    Troisième partie : les mots d'inquiétude ou d'angoisse
    Quatrième partie : les mots du regret

    Cinquième partie : les mots d'amour

 

 

 

De mon étoile

à ton étoile

Je crie

Fuck

You

Fuck

tes poussières et tes lumières

Qu'elles aillent griller au soleil

disparaître dans son jour

brûler en enfer

en hiver

 

Comment pourrai-je

un jour, une ère,

ravaler mes larmes

oublier

que

chacun sa merde

chacun sa vie

chacun sa planète

 

Non jamais

je n'arriverai

portant un monde de douleurs

de devoirs

de morales étincelantes

à tourner assez vite

récupérer le jour

les fuseaux horaires

le cours des choses le mouvement naturel

cloîtré figé je bois le vide qui m'entoure

imploser

je vais

bientôt

 

J'aurais dû

J'auras pu

Je voulais...

 

alors...

je ne peux plus que

te regarder

aimer cette rondeur

ton ondulation

ta trajectoire toujours égale

l'envier

l'admirer

  en silence

t'aimer

comme on ravale sa salive

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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30 mars 2011 3 30 /03 /mars /2011 08:29

Ils sont jeunes et bourrés de talents.

Après le lycée (mais c'était il y a si peu, ils n'ont pas vingt ans!), la troupe théâtre du Lycée des Graves à Gradignan, ne souhaitant pas se séparer, s'est montée en association, suivie par la metteur en scène.

Ce sont les Gravissimes, qu'on a pu découvrir pendant les Pompignactes, le samedi après-midi.

Epatants ils furent, dans cette pièce d'Hanokh Levin, Funérailles d'hiver.

 

Au début, l'échec d'un fils, l'amertume d'une mère et sa maladie puis très vite, sa mort. Pas très gai tout ça.

Les funérailles doivent suivre, dès le lendemain. Mais voilà que les proches – la cousine, le cousin, unique famille de l'orphelin – ont d'autres projets pour cette journée à venir, et pas des moindres : ils marient leur fille ! Et pas question que cet événement tant attendu – à l'âge de 5 ans la cousine savait qu'elle était née pour marier sa fille ! – soit télescopé par un décès incongru.

 

Le rythme s'accélère, le comique de caractère surenchérit sur le comique de situation, l'absurde gagne du terrain et on est transporté jusque dans le fantastique via les sommets de l'Himalaya.

Au service d'un texte intelligent et drôle, le jeu d'acteurs qui se donnent à fond, individuellement ou quand, tous ensemble tous ensemble, ils se déplacent, s'émeuvent, se chamaillent...

 

Bref, des talents qui émergent et qu'on a envie de suivre de près. A quand la prochaine pièce ?

 

 

gravissimies.jpg

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29 mars 2011 2 29 /03 /mars /2011 23:14

Mes livres sont dans des cartons qui sont dans des étagères qui sont dans un chai.

Et ils me manquent.

Certains plus que d'autres qui parfois, se rappellent à mon souvenir.

- Aurélien, d'Aragon, peut-être le plus beau roman d'amour jamais écrit (chez Folio)

- Héliogabale, d'Artaud, en collection Tel

- toutes les éditions de La Tentation de saint Antoine, de Flaubert (ainsi que Salambôo, Bouvard et Pécuchet)

- le Découverte sur Gustave Moreau

- Nerval, Les Filles du feu

- Les poèmes de Rimbaud, en Bouquins

- Chez Corti, de Julien Gracq : Un balcon en forêt, Le Rivage des Syrtes, Un beau ténébreux...

- Un barrage contre le Pacifique, de Marguerite Duras, en Folio

- Molloy, de Beckett, aux Editions de Minuit

- Divers titres de Bertold Brecht, à l'Arche

- Ce livre étonnant, La Chambre claire de Roland Barthes

- As I lay dying, de Faulkner (Vintage)

- Marelle, de Julio Cortazar (Tel) - beau, beau !

- La Reina del Sur, beau, beau ! de Arturo Pérez-Reverte

- Le Bleu du ciel, de Georges Bataille

...

j'arrête là, car il faut bien s'arrêter à un moment

 

 

et j'ai peur, de les oublier, qu'ils m'oublient.

 

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27 mars 2011 7 27 /03 /mars /2011 15:19

C'est un texte sublime de Laurent Gaudé mis en scène par la Compagnie La nouvelle Eloïse de manière non moins sublime.

C'est une claque qu'on se prend avec bonheur, un voyage dionysiaque à travers les pays et les peuples anciens de la méditerranée, où tout est mi-humain, mi-divin, mi-animal. Certes, cela fait trois moitiés, mais on ne s'étonne de rien à l'écoute de ce conte d'Onysos arrivé sur un quai de métro new-yorkais après avoir ressucité à l'égorgement et le démembrement, incendié Babylone et sodomisé Penthée, aidé dans sa hargne par des armées de femmes en délire incapables de résister à son magnétisme orgiaque.

C'est un art total que nous livre ce spectacle - où le comédien, Giovanni Vitello, qui a lui-même quelque chose de plus qu'humain, est soutenu par des guitares électriques, des mineures orientales, des jeux d'ombres chinoises, une atmosphère que l'on sent jusque dans sa gorge quand volent poussières et papiers...

C'est une prouesse de jeu, une leçon de théâtre, de littérature, de mise en scène, dont on voudrait ne rien manquer, attentif à l'extrême, et littéralement enthousiasmé.

 

 


Onysos.jpg

 

 

 

 

Onysos le furieux, de Laurent Gaudé, actuellement et jusqu'au 2 avril à la Boîte à Jouer à Bordeaux. Compagnie La Nouvelle Eloïse. Mise en scène de Bruno Ladet, avec Giovanni Vitello et, au son et à la lumière, Thomas Merland.

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12 mars 2011 6 12 /03 /mars /2011 19:14

Bonne nouvelle dans le monde de la musique : demain sort le nouvel album des Moriarty, "The Missing Room".
Ce groupe franco-américain a un univers qui lui est bien propre et - je cite Télérama qui les connaît bien mieux que moi et les a même rencontrés - "louvoie avec élégance entre cabaret folk et blues acoustique, comme pour mieux remonter la piste de ses racines américaines. Mais pas seulement : "Nous revendiquons les Etats-Unis du XXe siècle, mais aussi l'Angleterre du XIXe", explique Arthur, pilier et guitariste du groupe.

Leur petite musique de nuit (blanche) est en effet peuplée d'animaux fantasques siglés Lewis Carroll, et de fantômes en transit. (....)

Le groupe cultive en parallèle une certaine extravagance, dans le choix d'instruments loufoques comme dans leur mise en scène."

 

Dans ce deuxième album où revient la voix unique de Rosemary, au grain si particulier, on les retrouve pour de vrai et ce n'est pas pour me déplaire !

 

 

 

M1843.jpg

 

 

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11 mars 2011 5 11 /03 /mars /2011 15:04

... ou la solitude de l'homme qui se sait traqué, pris entre son honneur et les autres règles.

Quel beau film, jouant sur l'économie des mots (la première parole tarde à arriver), où tout est dans les regards - celui des témoins, des femmes, des flics ... celui d'Alain Delon, un film à lui tout seul... 

 


 

lesamourai.jpg

 

 

 

Le Samouraï, 1967, de Jean-Pierre Melville, avec Alain Delon, François Périer, Nathalie Delon et Cathy Rosier.

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10 mars 2011 4 10 /03 /mars /2011 20:45

Des flocons blancs de fleurs qui tombent doucement sur le visage et sur les bras.

Je pense à un film d'amour japonais.

Sous ces arbres délicats le printemps s'écoule

Du jaune, du blanc, du jaune et du blanc encore qui jaillissent autour des maisons, tapissent les pelouses et les épaules des amours nouvelles.

Un peu de rose aussi pour plus de douceur encore.

Pas très original, tous les ans c'est pareil, et pourtant je m'émerveille et quelque chose de toujours nouveau, toujours plus beau, une impulsion qui ressemble au désir et l'exacerbe.

 

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9 mars 2011 3 09 /03 /mars /2011 16:57

Nous sommes tous des camions à pizza - des égos ambulants.

On se parle rarement d'égal à égal, bien plus souvent d'égo à égo.

Chacun son égo sur le dos, dans la poche, précieusement comme une puce ou un cerveau. Un moteur ou un moniteur. Les susceptibilités s'affrontent, les fragilités se frottent, les blessures saignent et chacun se soigne.

Les réunions réunissent des Je qui s'affirment ou se préservent. Les téléphones mettent en communication des voix, des Moi qui se disent. On se salue, on s'ignore, les personnalités se jaugent et s'observent en coin. Chacun son soi, son coin de jardin où il plantera ses tomates en espérant qu'elles seront nombreuses, belles et bonnes. Et derrière la palissade, le potager du voisin. Qui lui a des courges.

 

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