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10 décembre 2010 5 10 /12 /décembre /2010 21:59

Lue au détour du foisonnant Dans les veines ce fleuve argenté, de Dario Franseschini, cette histoire d'un étrange petit village, Borello, dont les habitants ont perdu, d'un coup, le repère de leur identité.

 

 

"Les étrangers qui arrivaient à Borello avaient l'impression que tout se passait normalement. Ceux auxquels il était arrivé de revenir peu de temps après étaient surpris que le médecin soit devenu mitron, ou que le fils de l'hôtelier aide le cordonnier en l'appelant "Papa". Il n'y a que le prêtre qui soit toujours le même. Non que le Seigneur lui ait épargné cette maladie, mais simplement parce que chaque matin il voit sa soutane noire posée sur la chaise et a la certitude d'être le curé.

(...)

Même le jeune médecin de l'université, qui était venu à Borello pour étudier ses habitants, n'avait pas compris grand-chose et, dans les premiers temps, il parla d'une maladie qui portait le nom d'un Russe. Elle frappait les alcooliques et faisait perdre jusqu'à la conscience de son identité, ne laissant que quelques fragments de mémoire sans lien entre eux.Mais comment pouvait-elle les frapper tous ?

Le jeune médecin avait essayé de questionner les habitants sans obtenir aucune réponse utile. Personne ne comprenait de quoi il parlait et, une seule fois, l'employé du télégraphe, troublé un instant, lui avait dit : "en fait ce matin une femme m'a demandé si je n'étais pas marchand de fruits. C'est drôle qu'on me prenne pour un autre dans un village aussi petit." L'après-midi, le médecin l'avait regardé à nouveau et lui avait demandé s'il était capable de lui décrire la femme. L'homme l'avait demandé en souriant et lui avait dit, en lui tendant la main : "Enchanté, je suis Dotti, l'instituteur du village. Vous parlez sans doute de la mère d'un de mes élèves."

Puis le jeune médecin connut la pire des mésaventures qui pouvait arriver à quelqu'un qui passait à Borello. Il tomba amoureux. Il tomba amoureux d'une jeune femme blonde et légère. Il l'avait vue la première fois un matin de soleil, alors qu'elle traversait, en courant, la place du village. Il avait eu l'impression que ses vêtements de lin blanc la soulevaient dans l'air, lui faisant à peine frôler la poussière des pavés. Elle était entrée sous les portiques, arrivant si près de lui qu'il avait pu respirer l'odeur de sa peau. Depuis, il passait ses nuits à rêver d'elle et ses jours à la poursuivre. Il l'embrassa pour la première fois dans l'entrée sombre de la maison de l'hôtelier, son père pour ce soir-là, et se désespéra aussitôt, en songea que le lendemain elle se réveillerait sans se souvenir ni de lui ni d'elle. Et il la perdit ainsi cent fois, et cent fois il la reconquit, cent fois il souffrit de jalousie, cent fois il brûla de passion et cent fois il pleura de nostalgie pour cent femmes différentes. A la fin, épuisé par trop d'amour, il perdit la raison, mais sans réussir pour autant à oublier cette envie de tendresse, d'habitudes, de calme qu'il ne réussissait pas à trouver dans le désir confus de toutes ces premières fois."

 

 

 

 

 

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commentaires

dominique boudou 11/12/2010 11:00


Non, pas de syndrome de Korsakov dans cette histoire que je vais m'empresser de découvrir. Merci mademoiselle Z.


Du mobilhome 13/12/2010 22:17



ce roman vaut vraiment le coup d'être lu. Bise Dom



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