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1 mars 2013 5 01 /03 /mars /2013 13:25

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Ce roman de Virginie Ollagnier, paru tout récemment dans l’excellente collection de semi-poches Piccolo (aux Editions Liana Levi), séduit d’abord par sa couverture : un détail de mur ou de sol en carreaux de ciments colorés.

Comme l’annonce ce visuel, le livre raconte un voyage au Maroc, celui de Rosa, qui retourne à Sejâa, la propriété familiale où elle est née et où elle a grandi, dans la région de Meknès, au milieu des orangers.

 

Egon, son deuxième père, vient de mourir. Sa mère étant déjà décédée, après son père biologique, Rosa se retrouve seule et propriétaire de la maison de son enfance.

En fouillant dans le bureau d’Egon, Rosa fait de surprenantes découvertes. D’abord scandalisée, elle cherche à comprendre, lit des lettres, recueille le témoignages de proches : Monde, la cousine de sa mère ; Suzanne, l’amante d’Egon ; Sherifa, sa nounou, qui fut presque une sœur pour sa mère, qui est presque une mère pour elle. Et elle avance dans la compréhension des disparus.

 

Divers récits s’entrecroisent alors, dans une danse des générations. Où « l’Allemand » Egon prend la parole – lui qui a fui l’Allemagne persécutant les Juifs. Y laissant sa mère, son père, sa sœur et son frère, ce qu’il se reprochera jusqu’au bout, ayant trouvé refuge à Sejâa.

Où l’on apprend que la mère de Suzanne – la mère de Rosa – abandonna sa fille.

Où l’on apprend que celle-ci portera toute sa vie le poids de la faute de sa mère. Jusque dans le deuil de son époux Gabriel, parti très tôt.

Où la sensualité apparaît, dans cette filiation féminine, comme un choix destructeur, comme une faute qu’il faudra payer d’une génération sur l’autre. 

 

Par un effet de miroir, à travers la vie de sa mère, de sa grand-mère, de son beau-père, c’est sa propre existence qui se donne à voir et qu’elle questionne.

Les choix qu’elle a faits, auxquels elle s’est toujours tenue dans une irréprochable moralité, dans un ordre sans faille, se vident de leur sens.

Elle qui parmi ses deux amoureux de jeunesse, a choisi Antoine – a choisi de quitter le Maroc pour Saint-Germain-en-Laye, où elle sera la femme modèle, la mère parfaite, tenant son foyer et sa famille en ne faillant jamais à la maxime « chaque place a sa chose, chaque chose à sa place ».

 

Elle a fait le choix de l’ordre, de l’apparence, du froid et de la rigueur, au détriment de la sensualité, de la chaleur, de la liberté et du parfum des orangers.

 

Et à présent, que faire ? Ce court séjour, vécu telle une sorte de psychanalyse généalogique en accéléré, s’offre à présent comme un tournant dans la vie de Rosa. Il va falloir prendre des décisions.

Petite citation : « A Saint-Germain en Laye, elle était l’exotique, celle qui comprenait ce que disaient les immigrés dans les transports en commun, qui aimait la cuisine épicée. A Meknès, elle était la propriétaire de Sejâa qui avait quitté sa terre pour vivre à Paris, qui parlait une langue pointue parce qu’elle avait honte de son accent pied-noir. Rosa ne supportait plus cette partition. Elle avait endossé le fardeau de l’héritage colonial et elle refusait de le transmettre à ses enfants. »

 

Virginie Ollagnier signe ici son troisième ouvrage. Un beau roman, à l’écriture simple, sans prétention mais où les sentiments sonnent juste, sur la transmission et sur l’attachement aux temps et aux lieux de l’enfance. Sur la responsabilité, le désir et la liberté.

 

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