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18 janvier 2013 5 18 /01 /janvier /2013 18:08

petite-soeur-mon-amour.jpg

 

Le titre, qui pourrait laisser croire à une histoire un peu à l’eau de rose, dissimule en réalité un récit ardu, haché, dur et névrotique, le récit d’une descente en enfer. Celle d’un petit garçon que son père a dénommé Skyler, car il le destinait plutôt à une envolée vers les hautes sphères, vers les cieux.

La « petite sœur », c’est l’autre héroïne de ce livre. Bliss. Son prénom, elle l’a eu tardivement, un nom d’artiste que sa mère a voulu lui donner pour remplacer le trop classique et invendable « Edna Louise ». Bliss sonne – glisse – beaucoup mieux sur la glace, comme la petite patineuse de génie qui le porte, princesse blondinette, fine mais musclée par les séances d’entraînement, petite star glamour dès l’âge de 4 ans.

Mais elle n’aura jamais plus que 6 ans, car en pleine ascension vers la gloire, affublée déjà de titres prometteurs, voici que la petite Bliss se fait assassiner.


 Ce livre n’est pas un polar. Il n’y a pas d’enquête. A peine un jugement – encore moins de certitude, puisque des années durant le doute planera sur la vraie culpabilité du dit pédophile qui a avoué le meurtre avant de se pendre. D’autres sont soupçonnés, à voix basse, ou dans les grands titres de journaux à scandale. La mère de la petite ; son père ; son frère.

Son frère, donc. Le narrateur de ces 700 pages. Qui a neuf ans l’année du drame. 19 ans quand il rédige son témoignage. Pour essayer de mettre les choses à plat, d’y comprendre quoi que ce soit, d’exorciser ces années de cauchemar. Sa langue ressemble à ses névroses – les médecins le disent psychotique.

D’où une écriture sur le fil, nerveuse, hargneuse.


L’ensemble du récit est porté par une émotion assez forte ; on prend pitié des enfants, versus ces parents détestables mais en même temps si « banals », bourrés de ces défauts répandus dans une société américaine ici bien caricaturée. Ils sont écrasés, aveuglés par l’ambition et le désir d’avoir et de montrer toujours plus. Au point que Skyler et Bliss souffriront toute leur vie de n’être que des ombres. Lui, dès son plus jeune âge, se blesse, brisant à jamais les rêves de son père d’avoir un fils champion – de ces débuts manqués de carrière olympique, il ressortira boiteux et bègue.

Quant à Bliss, elle le dit elle-même du haut de sa petite taille ; « ce n’est pas moi », celle des journaux, télévisions, la Bliss maquillée, costumée, celle que poursuivent les projecteurs et les lettres d’admirateurs. Non, la petite fille a disparu derrière le rimmel et la poudre, et tous ces médicaments dont on la bourre, elle aussi, pour la pousser vers les sommets. Elle, au fond, a peur, a mal, et doit le cacher en permanence à tous.

 

Le petit frère, un peu jaloux, est aussi inquiet. Il est le seul à voir la fragilité de Bliss derrière la façade souriante et brillante. A percevoir un danger et partager son angoisse.

 Et puis la retrouve morte. Et son frère ne cessera de culpabiliser. D’abord parce qu’il n’a pas de souvenir de cette nuit fatale (à son réveil, aux questions de sa mère…. il aurait pu être celui qui lui a fait du mal), ensuite parce que de toute façon il n’a pas empêché que cela arrive.

 

Dès lors Skyler perd ses cheveux, bégaie comme jamais, sa douleur à la jambe ne le quitte plus, et il s’enferme dans une solitude qui l’exclura à jamais de tout cercle social ou amical.

Les années passent et il est constamment médicamenté, passe d’un centre spécialisé à un autre, d’un collège très privé à un autre, des cachets qu’on lui prescrit à ceux qu’il se procurera seul.

 

Je tairai les épisodes tardifs, qui le conduiront au moment où il décide de coucher par écrit la vie de la famille Rampike.... Mais je vous encourage fortement à aller y faire un tour par vous-même.

 

Joyce Carol Oates est américaine. Deux fois finaliste du Prix Nobel de Littérature, elle a publié plus de 70 ouvrages dont la plupart sont traduits en français.

 Petite sœur, mon amour est traduit par Claude Seban. Il est disponible en Points.

 

 

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