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9 octobre 2010 6 09 /10 /octobre /2010 13:29

Piraillan

 

Le Piraillan est peu connu. Pourtant, tous les Girondins et autres Parisiens en congés passent devant le panneau "Site classé" qui indique, sur la route du très fameux Cap Ferret, le moment où il faut tourner à gauche, se garer et se perdre, à pieds, entre les petites maisons sans prétention du Piraillan. C'est presque une île, avec un port à gauche et une plage à droite. Bien sûr les dimensions de ces lieux sont modestes, l'odeur est celle des ateliers ostréicoles, le bruit des machines pourrait déplaire, et pour accéder à la grève il faut accepter quelques petits exercices d'équilibre et même d'illégalité puisqu'on ne peut qu'emprunter des rails interdits et rouillés.

Mais Le Piraillan semble avoir beaucoup à raconter. Sûr qu'il suffit de peu pour lancer ce Papi si sympathique qui m'a indiqué le rail comme route de la plage, et qu'il raconte cette époque où l'immobilier de la commune de Lège n'avait encore rien d'aberrant, où les huîtres n'avaient pas de maladies quasi chroniques, où il fallait deux à trois heures en deux-chevaux pour rejoindre ce petit coin de paradis salé depuis Bordeaux, où le village devait chanter au son des gamins en vélo.

Pas de signe de tourisme hormis une pancarte "dégustation avec vue panoramique" (la terrasse en question est vide, malgré un temps d'octobre estival) et ces villas luxueuses qu'on devine à quelques encablures du port. Pas de brio : si les couleurs d'un vieux porte-palettes se rapprochent d'un vert à la mode, il n'en est pas moins usé et terni. Une seule façade un peu élégante s'est parée de pots de fleurs et donne plus à songer à la fierté d'un vieux village mélancolique. Je déambule seule dans le labyrinthe étroit où on s'imagine toujours empruntant une voie privée. Je ne croise que quelques chiens sympathiques. Puis un qui grogne, de loin, mais ne fait peur à personne. Il y a de la vie pourtant, invisible, celle du travail, rythmée par les moteurs d'une machine à trier les coquillages.

Je me permets tout dans cette solitude hors saison. Mettre les pieds, les genoux dans l'eau, mouiller ma tête et goûter l'eau. Des crabes courent près de mes orteils. Comme dans une autre plage, une plage d'enfant. C'est une plage d'enfant, oui, avec ses crabes et ses pierres vieillies. Avec ses petits bateaux à fond plat et son sol vaseux. Avec la liberté qu'un tout petit bout de fenêtre sur un petit bout d'horizon accorde aux jeunes cervelles bourrées d'imagination.
Dessiner sur le sable. Construire sa maison. Arracher les pinces de ces bestioles qui marchent sur le côté. Courir avec un chien. Courir en rond. Ma chienne se met à nager, c'est assez rare pour être signalé. Avec empressement. Je lui demande où elle va comme ça ? L'Amérique c'est de l'autre côté. Ici il n'y a qu'Arcachon en face, des bateaux et des routes. Petite plage, grandes rêveries.

 


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Published by Du mobilhome - dans les gens - les choses...
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dominique boudou 09/10/2010 22:04


Et le phare ? Z'y êtes montés, au phare ? Trois cents marches !


brigitte giraud 09/10/2010 19:50


La musique a accompagné ma lecture. Juste comme il fallait. "Courir en rond", j'aime bien cette image. C'est une ivresse rassemblée dans ces mots-là. Courir en rond, et en avoir le tournis,
déployer les bras et presque s'envoler, des hélices dans les cheveux. Courir avec un chien sur une route du dedans et bouffer la vie, du vent plein les voiles.


Nounedeb 09/10/2010 15:31


Salut! Quel bonheur de trouver encore de ces coins magiques, délicieusement abandonnés.


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