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24 novembre 2010 3 24 /11 /novembre /2010 22:43

 

 

 

Souffrir (presque transitivement) de vouloir ce qui n'est pas.
C'est parfois le contraire qui se passe : c'est ce qui n'est pas qui fait qu'on le veut. Et la souffrance est ailleurs, complètement : ce n'est que sa projection qui crée ce désir et la frustration qui en découle. Ces deux derniers étant associés. Car ce désir-là ne peut exister que dans l'absence. Il va comme une bactérie se loger dans l'absence. Dans un no-man's-land. Dans un creux. Justement, il s'exprime et a pour cela besoin d'espace, surtout pas d'être comblé. Il a besoin d'un écran blanc, vierge. Il est si grand qu'il ne peut se contenter d'un double sens, il lui faut une voie entière un sens unique. Dans l'échange il meurt.
Je discutais récemment avec un ami qui interrogeait la possibilité de l'amour. Dans une situation comme celle-ci le désir ne peut exister que s'il est à sens unique. Comme un fleuve - ou bien c'est le mascaret, et ça ne dure pas, on vient des quatre coins du pays pour "le faire", deux jours par an...
Revenons à la projection. Souffrir de vouloir ce qui n'est pas : inutile de s'acharner à ce que le réel se plie à son désir, à ce que le désir se plie au réel. Double impasse, par essence. Au contraire savoir ce qui se cache et qui tente de se révéler dans cette projection. Apprendre à décrypter ce langage codé. C'est difficile. Bien plus difficile que de souffrir d'une bête frustration. Bien plus difficile de lire un livre, que de tenter de "lire" ce "film". La mise à distance, dans cette fiction-là, qui n'est pas romanesque mais inconsciente, est bien plus ardue. Dans un roman on joue le jeu de l'identification. Dans ce processus-là on est le jouet de la projection. On n'est que pauvres pantins - dans la caverne - dans le noir - aveuglés, éblouis par ces images ces couleurs vivantes et si séduisantes qu'on s'y perd qu'on y colle qu'on s'y déchire la peau du dos. C'est dans notre dos justement que tout se passe, c'est de là qu'émane le projecteur.

Et qu'y a-t-il, derrière ?

 

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Published by Du mobilhome - dans Blablateries
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commentaires

brigitte giraud 25/11/2010 01:59


Très très beau texte plein d'intelligence, Zineb. Le projecteur, j'aime bien... On se perd dans la lumière blanche.


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