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4 février 2013 1 04 /02 /février /2013 18:18

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De l’autre côté de l’eau est paru en 2009 chez Tallandier. Il est réédité, en 2012, dans la collection poche de l’éditeur : Texto.

 

L’auteur, Dominique de La Motte, de février 1951 à juin 1952, est un lieutenant de l’armée française âgé de 26 ans, qui prend le commandement d’une unité de 130 soldats supplétifs  basée à un « poste » situé au nord-ouest de Saigon. Le but : maintenir la frontière avec le Vietminh, conserver une « zone interdite » à l’ennemi situé « de l’autre côté de l’eau », un affluent de la rivière de Saigon, et protéger la plantation accueillant le commando.

 

Très rapidement, Dominique de la Motte comprend qu’il s’agit d’opérations tout à fait distinctes de la grande guerre qui se déroule en Indochine. C’est « sa guerre », où l’humain prend le pas sur le militaire mais d’où la stratégie est loin d’être absente. Car il faut apprendre, sur le tas, à gagner la confiance de ces 130 hommes dont il ne comprend pas la langue (et de leurs femmes, qui ont aussi le pouvoir) susceptibles à tout moment de partir, de trahir, de l’abandonner au milieu d’un combat…

« La guerre que je mène est différente. Je cours après de rares accrochages, mais le quotidien n’est que trahisons, coups fourrés, savants compromis et âpre recherche de renseignements. Je sais d’expérience que mes hommes ne sont ni meilleurs ni pires que ceux « de l’autre côté de l’eau ». Ils sont les mêmes, guidés par des instincts que tempère seule la volonté de leurs chefs. Et leur comportement est « tour à tour humble ou sauvage ».

 

Il doit d’abord les former – car ce sont tous des « nha-qués », des paysans. La plupart ont une vingtaine d’années. Le lieutenant les décrit comme étant tous  « pour la plupart incultes, pauvres, au point de venir chez moi pour ne pas mourir de faim, mais intelligents, fins et gais ».

Dès les premiers temps, il comprend que face à ces jeunes paysans qui n’ont plus ni Dieu, ni patrie, ni famille, il se doit – et de cela dépend son autorité – d’être un peu tout cela. D’être « roi ».  Un roi qui connaît le nom de chacun de ses sujets.

 

Il apprend, non la langue, car ses tentatives dans ce sens ne provoquent que l’hilarité générale… mais les subtilités comportementales, la psychologie de ces Jaunes qui ne sont pas un groupe mais se divisent – un mélange détonnant – en Tonkinois, Annamites, Chinois, Khmers de Cochinchine, Khmers du Cambodge, les uns ex-Vietminh, les autres prisonniers… sans compter qu’il faut composer aussi avec les intérêts des Français de l’armée, de la plantation, du corps médical, et avec les Caodaïstes voisins qui sont toujours entre deux camps… Les règles ne sont pas écrites et le jeune lieutenant, apparemment doté d’une grande intelligence de l’humain, semble maîtriser assez rapidement la complexité de la situation.

 

Ce récit est écrit une quarantaine d’années après les faits. Ce n’est pas un journal de guerre mais bien « des réminiscences ». Le souvenir est intact, porté par l’émotion de ces deux années qui furent, d’après De la Motte, les plus fortes de sa vie de militaire. Il confie, dans les dernières pages : « jamais plus je n’ai connu l’enthousiasme, l’énergie et la solitude du chef avec la même intensité que pendant ces dix-huit mois ». Pourtant c’est une carrière bien remplie qu’il mènera après l’aventure indochinoise ; ce saint-cyrien commandera un escadron à pied dans le Constantinois entre 1959 et 1962. Puis il grimpera les échelons de l’armée, dirigera l’Ecole d’application de l’arme blindée-cavalerie de Saumur. Avant de passer dans la 2e section des officiers généraux. La seule chose qu’il peut comparer en intensité à cet épisode Cochinchinois, c’est l’amour qu’il aura pour la femme qu’il rencontre et avec qui il a de nombreux enfants.

 

Un récit qui se lit comme un roman – malgré, ou grâce, à cette organisation en chapitres thématiques eux-mêmes écrits comme des listes. Sans fausse modestie. Sans prétentions littéraires. Mais avec un vrai talent d’écrivain, qui nous plonge totalement dedans.

 

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